‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 65 sur 155 · EN PRÉSENCE DE LAURE SON CŒUR S'ENFLAMME ET SA LANGUE SE GLACE · texte numérisé non relu

EN PRÉSENCE DE LAURE SON CŒUR S'ENFLAMME ET SA LANGUE SE GLACE

Se mai foco per foco non si spense.

Le feu n'est pas éteint par une flamme ardente, Ni le fleuve tari par la pluie abondante ,• Car la loi générale est que tout élément De l'élément pareil reçoive accroissement .

Près de celle qui tient mon âme dépendante, Lorsque ma joie, Amour , devrait être évidente. Pourquoi m'inspires-tu si malheureusement Que ma langue se glace et perd le mouvement?

S'il tombe de trop haut à travers maint obstacle, Le Nil assourdit ceux qu'attire un tel spectacle. Le soleil blesse V œil fixé sur son brasier.

De même, dans l'excès du bonheur de l'atteindre, Mon désir vers le but s'use et semble s'éteindre. Trop d'éperon parfois ralentit le coursier.

« Le bon accueil que Laure faisoit à Pétrarque dans ces circonstances (voir la note précédente) dérangeoit ses projets de guérison, ranimoitses espérances, et lui donnoit du courage. Il vouloitlui parler de son amour, il en cherchoit les occasions ; mais plus il en avoit le désir, moins il en avoit la force. Il n'est pas le premier amant qui se soit plaint des mauvais etfets que produisent quelquefois des désirs trop ardents. Il cherche dans ce sonnet la cause d'un effet qui lui paroissoit extraordinaire et qui ne l'étoitpas. » (Mém., I, p. 296.)

L'abbé de Sade a raison : l'amour vrai est timide; l'amour vrai hésite longtemps à se faire connaître par la parole.

« En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit, il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne sauroit faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse quand il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! » — Discours sur les passions de l'amour.

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