‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 69 sur 155 · IMPRECATION CONTRE LE LAURIER · texte numérisé non relu

IMPRECATION CONTRE LE LAURIER

L'arbor gentil che forte amai molt' anni.

L'arbre divin si cher à mes jeunes années, Tant qu'autour de ma tête il a daigné verdir, Dans les leurres d'amour fit croître et resplendir Les inspirations que Dieu in avait données.

Mais depuis que mon rêve a les ailes fanées. J'ai vu ce bois si doux contre moi se roidir, Et vers l'unique objet que je veuille applaudir, Mes plaintes sans espoir se sont dès lors tournées.

Que dira de mes vers V amoureux palpitant, Qui n'y trouvera pas l'ivresse qu'il attend, Mais le reflet des maux que pour Laure j'endure?

Que personne, ô laurier, ne t'aime désormais ! Qu'un rayon de soleil ne t' échauffe j amais , Pour que l'ombre et le froid détruisent ta verdure l

PENDAN l LA VIE DE LAURE. Io3

Dans ses dialogues De contemptu mundi écrits vers 1 343, Pétrarque se fait adresser par saint Augustin de vifs reproches sur sa passion pour Laure et le laurier.

« Vous avez fait faire son portrait par un peintre habile, lui dit le saint, et vous le portez toujours avec vous. Aviez-vous peur que la source de vos larmes ne tarît? Mais n'est-ce pas le comble de la démence d'avoir étendu cette passion jusqu'aux choses mêmes dont le nom a quelque rapport à celui de Laure ? Depuis que vous l'aimez vous n'avez que le laurier en tête et dans la bouche, comme si vous étiez un prêtre d'Apollon ou un habitant des rives du fleuve Pénée : vous ne faites point de vers où il n'en soit question. Pourquoi avez-vous recherché avec tant d'empressement cette couronne de laurier, qui étoit autrefois la récompense des poètes? Pourquoi vous êtes-vous donné tant de mouvements pour l'obtenir? Avouez-le de bonne foi; n'est-ce pas plutôt le nom que la chose qui vous tentoit? » {Mém., II, p. 122.)

C'est le 8 avril 1 341 que Pétrarque fut couronné au Capitole. (Voir l'introduction, I.)

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