‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 71 sur 155 · ONZIÈME ANNIVERSAIRE DE SON AMOUR · texte numérisé non relu

ONZIÈME ANNIVERSAIRE DE SON AMOUR

Padre delciel, dopo i perduti giorni.

Père du ciel, pardon des jours et nuits stériles Perdus à concevoir des choses puériles, Perdus à contempler avec un fol désir Le fantôme charmant que je ne puis saisir l

Permets que désormais de ces rêves fébriles Ta grâce me ramène aux études viriles, Si bien qu'avec ses rets ne pouvant réussir, Mon ennemi si fier ait mortel déplaisir.

Pour la onzième fois voici finir Vannée, Depuis qu'au joug cruel ma vie est condamnée, Et que mon front d'agneau subit son poids de fer.

Mais qu'importe aujourd'hui mon indigne souffrance ! Aujourd'hui que Jésus pour notre délivrance Sur la croix des méchants a lui-même souffert .

On lit dans une lettre de Pétrarque ce qu'il éprouvait après dix ans d'amour:

« Le feu dont je brûlois depuis dix ans avoit pénétré jusque dans la moelle de mes os: ma santé étoit altérée, je n'étois plus le même ; un poison lent me minoit, à peine avois-je la force de porter des membres desséchés. Je voulus sortir de cet état et recouvrer ma liberté. La chose n'étoit pas aisée : chasser une maîtresse d'un cœur où elle règne despotiquement depuis dix ans, c'est un très-grand ouvrage. Comment attaquer un ennemi redoutable avec des forces affoiblies ? » (Mém. pour la vie de Pétrarque, I, p. 3 10.)

Pétrarque fit donc de sérieux efforts pour combattre sa passion. L'abbé de Sade attribue même ses voyages de Rome et des Pyrénées en 1 3 36 et 1 337 à son désir « d'assurer sa guérison par l'absence. Mais on voit par ce sonnet, écrit le 6 avril 1 338, que le remède le plus efficace ne lui avait pas réussi, puisqu'il avait recours à Dieu à la fin de la onzième année. Inutile de dire que le nouvel effort dont témoigne cet acte de repentir ne fut pas plus heureux.

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