LAURE EST PRIEE DE NE PAS HAÏR SA DEMEURE, QUI EST LE CŒUR DU POETE
Se voi poteste per turbati scgni.
Laure, si vous pouve\par vos airs de colère, En secouant la tête, en détournant les yeux, Même en me dérobant vos traits si gracieux Par la fuite ou l'emploi d'un voile tutélaire ,■
Si vous pouve^ ainsi, ne sachant vous y plaire, Sortir jamais du cœur, à vous dévotieux, D'où surgira peut-être un laurier précieux, La cause qui vous meut me parait juste et claire.
La plante délicate est sans attachement
Pour le terrain aride, et naturellement
Elle accueille avec joie un changement de gîte.
Mais puisque le destin ne vous a pas permis D'habiter dans un cœur qui vous soit plus soumis, N'ajoute^ pas la haine à l'émoi qui l'agite.
« Laure, qui ne vouloit ni se donner à lui. ni le perdre, n'eut pas plus tôt aperçu les nouveaux efforts qu'il faisoit pour briser ses fers, qu'elle mit en usage pour l'y retenir les petites ruses qui lui avoient jusqu'alors si bien réussi: air moins sévère, regards plus doux, petits mots en passant, etc. » [Mém., I, p. 3i i.)
L'abbé de Sade que je viens de citer dit spécialement à l'occasion du sonnet XLIX:
« Quand Laure avoit quelque sujet de se plaindre de Pétrarque, il étoit aisé de s'en apercevoir. Dès qu'il paroissoit, elle avoit l'air troublé, elle baissoit les yeux, ou détournoit la tête pour ne pas le voir; enfin elle étoit toujours prête a fuir.
« Pétrarque se plaint amèrement de toutes ces manières dans le sonnet suivant (celui ci-contre); mais je ne sais s'il avoit raison de se plaindre. Je crois que Laure n'auroit pas eu l'air troublé en le voyant, et n'auroit pas tant fait de simagrées, s'il lui avoit été tout à fait indifférent. » (Mém.< I, p. 3o2.)
Le dernier tercet semble imité d'Ovide {Ex Ponto, II, 8) :
Denique, quœ mecum est, et erit sine fine, cavete Ne sit in inviso vestea figura loco.