IL DEMANDE QUE SA FLAMME SOIT COMMUNIQUEE A LAURE
Lasso, che mal accorto fui da prima.
Hélas! combien d'abord je fus malavisé Lorsque Amour est venu troubler ma quiétude l Par son air séducteur troublant ma solitude, Il entra dans mon âme et j'en fus maîtrisé.
Je n'avais pas prévu qu'il lui serait aisé D'abattre mon courage et ma ferme attitude. Par malheur c'est ainsi qu'il en va d'habitude De qui s'estime plus qu'il doit être prisé.
A quoi bon désormais tenter la résistance? Est-ce avec la prière et la plus vive instance Que Von peut retenir une flèche qui part?
Je n'ai plus qu'un désir: non pas qu'Amour tempère La flamme qui me brûle et qui me désespère • Non, mais bien que du feu Laureait aussi sa part.
Pour montrer à quel point Pétrarque fut repris d'amour, l'abbé de Sade dit, d'après un madrigal, qu'il trembla de tous ses membres à la vue d'une fille des champs qui lavait un voile de Laure, qu'il se sentit alors dans l'impossibilité de résister à sa passion et qu'il en fit l'aveu dans le sonnet ci-contre. (Mém., I,p. 3o5.)
Voici le madrigal en question; c'est le premier du recueil :
Diane à son amant dut plaire, Quand il la vit dans l'onde claire.
Ainsi, malgré ses rudes chants, Me plut cette fille des champs.
Lavant le voile qui ce l'aure i Tient les blonds cheveux à couvert :
Si bien qu'en la saison de Flore Mon corps trembla comme en hiver.
Ce sonnet finit comme le précédent, par une imitation d'Ovide (Met. de Scylla) :
Nec medeare mihi, sanesque hœc vulnera mando, Fine nihil opus est : partent ferat Ma caloris.
« Je ne demande pas un remède qui guérisse ma blessure. Il ne s'agit pas d'éteindre mon amour, mais de le faire partager à Scylla. »
1 C'est Y aura de l'italien (zéphir, vent agréable], francisée pour conserver le double sens : l'aura et Laura.