‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 76 sur 155 · LES YEUX DE LAURE · texte numérisé non relu

LES YEUX DE LAURE

/ begli occhi ond' ï fui percosso in guisa.

Les beaux yeux qui m'ont fait cette douleur sauvage Dont, sans leur doux regard, il me faudra mourir, Dont nulle autre vertu ne pourra me guérir: Ni pierre d'outremer ni magique breuvage $

Ces beaux y eux m'ont si bien réduit en esclavage Qu'il n'est plus quhm penser dont f aime àme nourrir Et qu'à d'autres liens je ne puis recourir, Pas plus qu'un chaste époux fidèle à son veuvage.

Ceux-ci sont les beaux y eux qui font contre mon seii: De mon seigneur Amour triompher le dessein, Quel que soit le secours que la raison me prête.

Ceux-ci sont les beaux y eux à ma perte animés, Qui jettent dans mon cœur leurs brandons enflammés. Aussi pour en parler ma voix est toujours prête.

Dans le Can^oniere ce sonnet suit de près les trois cançone à la louange des yeux. L'abbé de Sade dit que les Italiens les appellent : les trois sœurs, les trois grâces, les divines; et, après avoir cité quelques appréciations, il ajoute qu'il ne peut entreprendre de rapporter tous les éloges donnés à ces trois chansons « devant lesquelles toute l'Italie se met à genoux. »

Quelques extraits de ces chefs-d'œuvre doivent naturellement trouver place ici :

« Ma noble dame, je vois, quand se meuvent vos yeux, une douce lumière qui me montre la route pour me conduire au ciel, et, par la longue habitude que j'en ai, dans cette région secrète où seul je réside avec Amour, votre cœur rayonne pour moi presque visiblement. C'est cet aspect qui m'anime à bien faire et qui v me guide au but glorieux; c'est lui qui me sépare du vulgaire : et jamais la langue humaine ne pourra raconter ce que me font éprouver les deux divines lumières. » (Can^one, IX.)

« Je ne saurais imaginer non plus que dire les effets que les yeux suaves ont produits dans mon cœur. Tous les autres plaisirs de cette vie sont pour moi bien audessous. » (Can^one, X. Traduction de M. de Gramont.)

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