‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 77 sur 155 · TROISIEME SERIE · texte numérisé non relu

TROISIEME SERIE

(f|S^Es sonnets de cette série semblent composés 1 rlSâl de 1 3 38 à 1343. Pétrarque passe en Pro- P \^h\ vence et surtout à Vaucluse les années >re> 1 339 et 1340. En 1341 il fait son second voyage à Rome. Le 8 avril, il est couronné au Capitule et déclaré citoyen romain. Après cette cérémonie, il repart pour Vaucluse, tombe entre les mains des voleurs, leur échappe par miracle, rentre à Rome; puis se remet en route, s'arrête à Pise, traverse la Lombardie et arrive à Parme, le 22 mai, où il achète une maison et obtient un archidiaconat, en faveur duquel il se démet de son canonicat de Lombez. Le cardinal Colonna le rappelle en 1342. Le sénat romain le délègue avec Rienzi et seize autres députés pour demander à Clément VI le rétablissement du saint-siège à Rome. En 1343, le pape le charge d'une mission à Naples; Pétrarque, à cette occasion, voit Rome pour la troisième fois.

Son couronnement au Capitole, le fait le plus saillant de cette période de sa vie, a été raconté dans l'introduction. Théophile Gautier, qui excelle dans le genre descriptif soit en prose, soit en vers, s'est inspiré de cette solennité dans son Triomphe de Pétrarque. Ne pouvant citer que quelques-uns des cinquante tercets de cette pièce, je choisis ceux qui peignent le caractère poétique de l'illustre lauréat :

Tu viens du Capitole où César est monté : Cependant tu n'as pas, ô bon François Pétrarque, Mis pour ceinture au monde un fleuve ensanglanté.

Tu n'as pas. de tes dents, pour y laisser ta marque, Comme an enfant mauvais, mordu ta ville au sein. Tu n'as jamais flatté ni peuple ni monarque.

Jamais on ne te vit, en guise de tocsin. Sur l'Italie en feu faire hurler tes rimes: Ton rôle fut toujours pacifique et serein.

Loin des cités, l'auberge et l'atelier des crimes, Tu regardes, couché sous les grands lauriers verts, Des Alpes tout là-bas bleuir les hautes cimes.

Et penchant tes doux yeux sur la source aux flots clairs, Où flotte un beau reflet de la robe de Laure, Avec les rossignols tu gazouilles des vers.

Car, toujours dans ton cœur vibre un écho sonore. Et toujours sur ta bouche on entend palpiter Quelque nid de sonnets éclos ou près d'éclore.

Pétrarque sut oublier dans sa vieillesse la joie de son triomphe, a Ces lauriers qui vinrent ceindre mon front, écrivit-il dans une lettre, étaient trop verts; si j'avois été plus mûr d'âge ou d'esprit, je ne les aurois pas recherchés. Les vieillards n'aiment que ce qui est utile; les jeunes gens courent après tout ce qui brille, sans regarder la fin. Cette couronne ne m'a rendu ni plus sçavant, ni plus éloquent; elle n'a servi qu'à déchaîner l'envie contre moi, et à me priver du repos dont je jouissois. » [Mém. pour la vie de Pétrarque, II, p. 5.)

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