‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 79 sur 155 · LE PORTRAIT DE LAURE · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE LAURE

Per mirar Policleto a provafiso.

Quand les peintres fameux et Polyclète même Pour la représenter regarderaient mille ans, Leur s y eux ne verraient pas , fussent-ils excellents, La plus petite part de la beauté que f aime.

Mais mon Simon sans doute eut le bonheur extrême De voir au paradis ses traits étincelants; C'est là qu'il la peignit de ses pinceaux galants Pour nous offrir d'un ange un immortel emblème.

L'œuvre fut en effet de celles que l'esprit Croit faites dans le ciel où l'art du beau fleurit, Non sur la terre où l'âme est par le corps voilée.

L'artiste était là-haut certain de réussir. Mais le froid d'ici-bas aurait pu le transir, Une fois descendu de la voûte étoilée.

Portrait de laure. « Son visage, sa démarche, son air avoient quelque chose de céleste. Sa taille étoit fine et légère, ses yeux tendres et brillants, ses sourcils noirs comme l'ébène. (Pour la couleur des yeux, voir la note du sonnet CXXIV.)

« Des cheveux couleur d'or flottoient sur ses épaules plus blanches que la neige. L'or de cette chevelure paroissoit filé et tissu des mains de l'amour.

« Elle avoit le col bien fait et d'une blancheur admirable. Son teint étoit animé par ce coloris de la nature, que l'art s'efforce en vain d'imiter. Quand elle ouvroit la bouche, on ne voyoit que des perles et des roses.

« Elle avoit de jolis pieds, de belles mains plus blanches que la neige et l'ivoire. Elle étoit pleine de grâces. Rien de si doux que sa physionomie, de si modeste que son maintienne si touchant que le son de sa voix. Son regard avoit quelque chose de gai et de tendre, mais en même temps si honnête qu'il portoit à la vertu. » (Détails empruntés aux œuvres mêmes de Pétrarque par l'abbé de Sade, I, p. 122.)

Telle est la Laure du muséum d'Avignon, peinture du quatorzième siècle.

l3o LES SONNETS DE PETRARQUE

MEME SUJET

Qiiando giunse a Simon l'alto concetto.

Lorsque Simon conçut le généreux dessein De prendre en ma faveur sa palette admirable , Que ne sut-il donner à son œuvre durable, La voix, l'intelligence ainsi que le dessin !

Il ni aurait délivré d'un nuage malsain Et de bien des soupirs qui me font misérable ,• Car, loin qii'elle me montre un air inexorable, Son doux aspect promet le repos à mon sein.

Bien plus, quand je lui parle avec ma voix plaintive, Elle semble écouter d'une voix attentive ; Mais la réponse, hélas! ne doit jamais venir.

Combien fut plus heureux l'amant de Galathée ! Mille fois il obtint de sa lèvre sculptée Ce qu'une seule fois je ne puis obtenir.

PENDANT LA VIE DE LAURE. l3l

Le portrait qui donna lieu à ce sonnet et au précédent est aussi mentionné dans les dialogues De contemptu mundi, écrits vers 1 343. (V. la note du sonnet XLVI.) Le peintre Simon de Sienne ou Simon Memmi était-il aussi sculpteur? Un gentilhomme de Florence, académicien de la Crusca, M. Bindo Peruzzi, découvrit dans sa maison, au siècle dernier, un bas-relief portant la date de 1344 et le nom de Simon de Sienne :

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