DANS LA QUATORZIEME ANNEE DE SON AMOUR
S' al principio risponde il fine e 7 me\\o .
Au début si répond la fin de cette année , La quatorzième, hélas! que la douleur me point, L'ombrage et le zéphyr ne m'apaiseront point, Tant s'accroît chaque jour mon ardeur obstinée.
Amour tient tellement ma pensée enchaînée, Tellement sous son joug m'a lié pieds et poing, Que ma prunelle, au lieu de fuir ce fatal point, Sur la cause du mal est sans cesse tournée.
Ainsi, de jour en jour, je vais dépérissant ,
Et nul ne s'aperçoit de mon corps languissant,
Hors celle dont le cœur pour moi s'est fait de roche.
A peine ai-je gardé mon dme, et Dieu sait seul Quand elle fera place au funèbre linceul ! Mais la vie est précaire et le trépas est proche.
Pétrarque a trouve dans son cœur l'amertume de l'amour et la pensée de la mort. Un vieux poète français a trouvé la même chose en jouant sur les mots Aimer et Amour :
Otez un i, vous trouverez amer
Au mot d'aimer; aimer amer s'appelle.
Et de Y amour ôtant u la voyelle,
Vous pourrez bien l'amour la mort nommer.
Ce quatrain est cité dans les Apanages d'un cavalier chrétien par le père Matthieu Martin, livre curieux publié pour la première fois en 1628.
Les rigueurs de Laure produisaient le même effet que celles de Béatrice; on peut s'en assurer en lisant les sonnets de la Vie nouvelle. Pétrarque s'est naturel^ lement inspiré de son devancier; peut-être même doiton attribuer à l'influence dantesque cette poésie nuageuse et tourmentée que l'on rencontre parfois dans ses sonnets et souvent dans ses can^one et sextines.