‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 82 sur 155 · IL VOUDRAIT SE DONNER A DIEU · texte numérisé non relu

IL VOUDRAIT SE DONNER A DIEU

Io son si stanco sotto 'Ifascio antico.

Je me sens si brisé sous le poids grossissant Des fautes dont j'ai pris la funeste habitude, Que je crains de tomber de honte et lassitude Aux mains de ïange impur qui me suit menaçant.

Il est vrai qu'un ami, pour moi donnant son sang, Est venu me défendre avec sollicitude.

Par malheur il a fui par mon ingratitude, FA depuis lors mon cœur le cherche en gémissant.

Mais sa voix ici-bas se fait encore entendre : « O vous tous qui souffre^ avec une âme tendre, « Vene\ à moi, dit-il, voici le bon chemin. »

Ah! qui donc, me voyant égaré, solitaire, Qui donc me donnera, pour m élever de terre, L'aile de la colombe, et me tendra la main?

D'après cette traduction, il est évident que l'ami du second quatrain n'est autre que Notre Seigneur. Le texte est moins précis. Mais j'ai suivi le sentiment de la plupart des commentateurs. L'abbé de Sade prétend qu'ils se trompent, et qu'il s'agit simplement du directeur de Pétrarque, le père Denis. (Mém., I, p. 421.) Je crois qu'il se trompe lui-même. Le texte, selon moi, ne peut s'appliquer qu'à Jésus-Christ :

Ben venne a dilivrarmi un grande amico

Per somma ed ineffabil cortesia ;

Poi volô fuor délia veduta mia

Si qu' a mirarlo indarno m' affatico.

Ma la sua voce ancor quaggiù rimbomba:

O voi che travagliate, ecco '1 cammino; Venite a me, se 'I passo altri non serra.

Quai grazia, quai amore o quai destino >

Mi dara penne in guisa di colomba, Ch' i' mi riposi, e levimi da terra !

Le dernier tercet rappelle ces mots du psalmiste : Quis dabit mihi pennas sicut columba, et volabo et requiescam.

IL PRIE LAURE d'ÈTRE MOINS CRUELLE.

Io non fii' <i' antar voi lassato unqaanco.

Madame, je vous aime, et tant que f aurai vie Je ne cesserai pas de vous être attaché. Mon âme est sans espoir à la vôtre asservie ,• De mes pleurs cependant un roc serait touché!

Voulez-vous que je meure? Ave^-vous donc envie, Laure, de votre nom que mon nom rapproché, Pour témoigner comment la paix me fut ravie, Soit inscrit sur le marbre où je serai couché?

Ah! comprenez plutôt qu'il est une autre ivresse Que celle de briser un cœur plein de tendresse ,• Ayez pitié du mien et laissez-vous fléchir.

Mais si votre fierté compte sur ma souffrance, Vous verrez mon amour tromper votre espérance, Et de vos airs cruels le trépas m affranchir .

« Laure, dit l'abbé de Sade à propos de ce sonnet, ne pouvoit se résoudre a perdre un amant de cette trempe, qui Taimoit depuis quatorze ans sans se rebuter, et quifaisoitde si beaux vers pour elle. Le rencontrant un jour dans les rues d'Avignon, elle jeta sur lui un de ces regards qui sçavoient si bien le ramener, et lui dit : Pétrarque, vous ave^ été bientôt las de m aimer. C'est pour répondre à ce petit reproche qu'il fit le sonnet [ci-contre].

a Pétrarque prend dans ce sonnet un ton avec Laure qu'il n'avoit jamais pris, et qui ne lui étoit pas naturel. On voit d'abord que c'est le ton d'un homme rebuté par des rigueurs, qui veut se persuader qu'il est guéri, et qui ne l'est pas en effet : il offre toujours son cœur, et demande seulement qu'on le traite avec plus de douceur. Quand on compose avec une maîtresse, on retombe bientôt dans ses filets. Voici encore un sonnet [le suivant], où Pétrarque peint bien son état, au moins tel qu'il le croyoit. » (Mém., I, p. 383.)

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