‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 83 sur 155 · IL VEUT DEVENIR INSENSIBLE · texte numérisé non relu

IL VEUT DEVENIR INSENSIBLE

- Se bianche non son prima ambe le tetnpie.

Tant que je n'aurai pas mes deux tempes cernées De cheveux blancs marquant le déclin des années, Je me garderai bien d'aller où je craindrais De rencontrer l'Amour et ses perfides traits.

Que dis-je P N'ai-je pas de ses flèches damnées Les pointes dans mon cœur par ruse enracinées ? Blessé comme je suis, dévoré de regrets , Puis-je me laisser prendre à de nouveaux attraits?

A peine de mes yeux s'il s'échappe une larme ,• Je deviens insensible à ce douloureux charme D'en verser de tristesse et d' attendrissement .

Mes sens seront troublés par une froide image, Et de cruels regards recevront mon hommage; Mais rien n'interrompra mon engourdissement .

PENDANT LA VIE DE LAURE. I 3q

« Je le répète encore, dit toujours l'abbé de Sade, ce ton léger et dégagé ne convenoit pas à Pétrarque; aussi ne le conserva-t-il pas longtemps. On voit même par le sonnet LXVIII que sa liberté lui pesoit,et qu'il ne pouvoit pas soutenir cet état, après lequel on l'a vu soupirer si souvent.

« Ce sonnet est adressé aux amies de Laureavec qui il avoit coutume de la voir à la promenade ou aux assemblées; je l'ai déjà dit, c'étoit l'usage, un certain nombre de dames alloient toujours ensemble. » (Mém., I, p. 385.)

Un cœur vraiment épris ne peut feindre longtemps la froideur et l'indifférence. A peine a-t-il juré de ne plus aimer qu'il s'écrie comme André Chénier :

Un autre ! ah! je ne puis en souffrir la pensée! Riez, amis, nommez ma fureur insensée.

Vous n'aimez pas, et j'aime; et je brûle, et je pars Me coucher sur sa porte, implorer ses regards...

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