EN REVOYANT LE PAYS DE LAURE
Io amaisempre, ed amo forte ancora.
J'aimai toujours et j'aime encor sincèrement , J'aime de jour en jour avec plus de mystère Le lieu cher où, plaintif, je reviens solitaire, Toutes les fois qu^ Amour me suscite un tourment.
Oui, j'ai fait vœu d'aimer le temps et le moment Qui m'ont débarrassé des vils soins de la terre , Et surtout ces traits purs et cette grâce austère Qui ne m'ont inspiré que noble sentiment.
Mais aurais- je pensé que pour me troubler l'âme, Pour éblouir mes yeux ^ pour activer ma flamme, Tous ces doux ennemis seraient là m' entourant?
Qu'à me combattre, Amour, tu mets de violence l N'était qu'un peu d'espoir me soutient en silence, Aux pieds de mon vainqueur je tomberais mourant .
Lorsque Pétrarque fut rappelé en Provence par le cardinal Colonna, il ne se rendit qu'à contre-cœur à son invitation et se plaignit en ces termes à son ami Barbate de Sulmone :
« Je suis forcé de traverser les Alpes, avant que le soleil ait fondu les neiges qui les couvrent : il faut que je retourne sur les bords du Rhône dans ces lieux infâmes qui sont le réceptable de tous les maux. Quelle destinée! Si la fortune m'envie un tombeau dans ma patrie, qu'il me soit permis d'en chercher un sous le pôle : je consens de vivre et mourir dans l'Afrique au milieu des serpents, sur le Caucase ou sur l'Atlas, pourvu que pendant ma vie je puisse respirer un air pur, et trouver après ma mort un coin de terre où je dépose mon corps ; je n'en demande pas davantage et je ne puis pas l'obtenir! toujours errant, partout étranger. » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 3y.)
Mais il changea bien de langage lorsque le 6 avril, il revit les lieux où il avait rencontré Laure pour la première fois. Sa passion se ranima; et cette ville d'Avignon qu'il détestait lui apparut sous des couleurs riantes.