SUR LA MORT DE C1NO DE PISTOIE
Piangete, donne, e con voi pianga Amore.
Pleure^, dames . pleure^ ; qu'avec vous Amour pleure ! Amants de tous pays, pleure^ aussi, pleure^ : La mort vient sans pitié de ravir avant V heure Le poète érudit qui vous a célébrés..
S'il est des esprits froids que la douleur effleure, Je ne suis pas du nombre et soye\ assurés Que je sens autrement, que j'ai l'âme meilleure, Et n'ai pu retenir mes cris désespérés.
Pleurent encor les vers, pleurent encor les rimes! Cino qui nous charma, Cino que nous comprîmes Ne dira plus les chants que nous aimions ouïr.
Pleure^ aussi, pleure^, habitants de Pistoie, Sur le bon citoyen que chacun s'apitoie ! Le ciel qui l'a reçu doit seul se réjouir.
« Pétrarque connaissait Cino de Pistoie, auquel il assigne la seconde place parmi les poètes italiens dans son Triomphe de l'Amour, dont il avait dû d'ailleurs trouver le souvenir vivant encore à l'université de Bologne, où il ne l'eut cependant point pour maître, comme le croyait à tort l'abbé de Sade. Il estimait son talent et regretta sa mort dans un sonnet aimable. Cela ne veut pas dire qu'il l'ait imité, ainsi que l'affirme un peu légèrement Ugo Foscolo. Sauf quelques images qui n'appartiennent point au poète de Pistoie, qui viennent d'une source plus ancienne, comme par exemple, la comparaison de l'amour avec le soleil qui fond la neige, il y a bien peu de ressemblance de détail entre le recueil des vers de Cino, tel que nous le possédons aujourd'hui, et le Can^oniere. Seulement, lui et Pétrarque, sous le coup d'une passion non plus sincère, mais plus réelle que celle de Dante, éprouvent presque en même temps le besoin de s'arracher au symbolisme qui étouffait la poésie amoureuse. » (Mézières, Pétrarque, étude, p. 38.)