PETRARQUE. XXI
et de Myrthe, couvert d'un drap d'or, dans la broderie duquel on voyoit le Mont-Parnasse, la Fontaine Aganippe, le Cheval Pégase, Apollon et les neuf Muses avec Orphée, Homère et plusieurs Poètes Grecs et Latins, comme Virgile et Catulle, et Toscans comme Rannuccio et Albert de Castel-Florentin.
« Pétrarque, une Lyre à la main, monta dans ce Char, et se mit sur une chaise dont les quatre pieds estoient d'un Lion, d'un Griphon, d'un Eléphant et d'une Panthère. Auprès de luy on voyoit du papier, de l'encre, des plumes et des livres. Ce Char estoit environné de mille Amours, de trois Grâces, et de Bacchus qui le Gonduisoit. Le Travail, sous la figure d'une femme vestuë de bure, marchoit devant, chassant à coups de fouet une femme qui representoit l'Oisiveté. Trois Estafliers estoient aux portières, dont l'un tenoit du Laurier, l'autre du Lierre, et le troisiesme du Myrthe. Deux Chœurs de Musique, l'un composé de Voix et l'autre d'Instruments, suivoient, avec une infinité de Satyres, de Faunes et de Nymphes, qui dansoient et chantoient les louanges du Poète. En cet équipage, il marcha vers le Capitole. Toutes les rues par lesquelles il passa estoient richement tapissées et semées de fleurs; les Temples ouverts et parés; et les Dames aux fenestres luy jettoient des eaux de senteurs et des œufs parfumés. Mais il arriva malheureusement qu'une femme, s'estant méprise, luy versa sur la teste une bouteille d'eau-forte qui le rendit chauve tout le reste de sa vie '.
« Estant arrivé au Capitole, il fit une harangue en présence de toute l'assemblée, et à la fin de son discours il fut proclamé Poète, et couronné de trois couronnes, la première de Lierre, comme Bacchus premier Poëte, l'autre de Laurier, comme les Empereurs, et la dernière de Myrthe, comme le plus tendre des
1 L'abbé de Sade traite de fable cet accident.