IL EST MARTYR DE SA FOI AMOUREUSE
Cosipotess' io ben chiuder in versi.
Si mes chants révélaient le conflit indicible Des pensers dont mon cœur ne peut se départir, Personne à mes tourments ne serait insensible, A moins d'être barbare et de ne rien sentir.
Vous pourtant dans mon sein, vous, toujours inflexible. Vous plonge^ vos beaux y eux dont je suis le martyr; Vous voye% que je souffre autant qu'il est possible Et vous ne voule^ pas à mes maux compatir.
Puisquen moi resplendit votre regard sévère Comme le rayon d'or dans le prisme de verre, Mon intime désir est compris sans discours.
La foi fit le bonheur de Marie et de Pierre 7- Celle que je vous garde a mouillé ma paupière ; Et de vous seule, hélas ! j'attends quelque secours.
PENDANT LA VIE DE LAURE. l()3
Si l'abbé de Sade s'était occupé de ce sonnet, il aurait blâmé peut-être, et avec raison, la mention que le poète fait ici des noms de Marie [Magdeleine] et de Pierre. Convient-il en effet de comparer la foi amoureuse à la foi chrétienne? Pétrarque, homme sincèrement religieux, n'a pu commettre que par mégardeune telle irrévérence. On peut dire, il est vrai, pour son excuse qu'à l'époque où il composa ce sonnet, son amour, dégagé de tout désir terrestre, avait pris un caractère de spiritualité qui rendait le rapprochement plus acceptable. En effet, de cette époque (i 343) datent les dialogues De contemptu mundi dans lesquels il dit :
« C'est l'âme de Laure et non pas son corps que j'aime. En voici une preuve sans réplique. Plus elle avance en âge et plus je sens mes feux redoubler. Dans son printemps même, la fleur de ses charmes a commencé à se faner; mais la beauté de son âme augmentoit dans le même temps, et ma passion aussi. Si je n'avois aimé que son corps, j'aurois éprouvé le contraire, et j'aurois changé, il y a longtemps. » (Mém. de l'abbé de Sade, II, p. 1 17.)
Gesualdo sauve les apparences avec une réflexion subtile : « Nous n'avons pas à voir, dit-il, si la foi du poète fut aussi louable que celle de Marie et de Pierre, mais seulement, qu'en brûlant de l'honnête feu que les platoniciens et les théologiens recommandent, il eut en cet amour de la créature une foi aussi vive que Marie et Pierre dans l'amour divin. » (77 Petrarcha. Venise, 1 5 53, f. 1 14.)