SOUVENIRS AMOUREUX
Quella fenestra ove V un sol si vede.
Cette fenêtre où luit la lumière dorée
Où mon plus beau soleil, Laure, brille souvent,
Et cet autre vitrail où résonne le vent
Dans les- jours nébuleux que tourmente Borée ,•
Et dans le frais vallon cette roche ignorée Où ma dame, l'été, s'est assise en rêvant ; Et ce sentier fleuri dont le sable mouvant Reçut ses pas divins et son ombre adorée ;
Et ce rude passage où m'atteignit Amour, Et la verte saison qui vient, à pareil jour, Raviver tous les ans mes premières alarmes ;
Et les traits enchanteurs, le sourire et la voix, Ce dont je me souviens, ce que j'entends et vois, Tout dispose mes yeux à se remplir de larmes.
Nous avons déjà vu Laure h sa fenêtre, sonnet LXV. Il paraît, d'après un sonnet rejeté, que Pétrarque avait prié son a^rni Sennuccio de le prévenir lorsque Laure, sa voisine, respirait l'air matinal. « Les mœurs et les usages de ce siècle, dit l'abbé de Sade, étaient bien différents de ceux de celui-ci. Où trouverait-on des dames qui se mettent à leur fenêtre au lever du soleil? » (Mém., II, p. 489.)
J'ai traduit sasso par roche, comme le comte de Gramont. Tassoni l'a compris dans le sens de banc de pierre. Je fais rêver Laure dans un vallon, et Tassoni devant la porte de sa demeure. Le texte ne précise pas le lieu : £"/ sasso ove a gran di pensosa siede — Madonna, e sola seco si ragiona. Tassoni critique Pétrarque de ce qu'il représente Laure assise et rêvant sur le banc de sa porte, il prétend « que cela lui donne un air de fainéantise qui ne lui fait pas honneur. » L'abbé de Sade justifie le poète en disant que s'asseoir ainsi pour prendre le frais était un ancien usage, qui existait encore de son temps à Avignon. (Mém., II, p. 478.)