IL PENSE A LA MORT ET NE CESSE D AIMER
— Lasso, ben so che dolorose prede.
Hélas! nous savons tous que la mort nous attend, Qu'il n'est aucun de nous à qui sa faux pardonne, Qu'à l'instant du trépas chacun nous abandonne Et que l'oubli bientôt sur nos mânes s'étend.
Voilà pourquoi Von vit, pourquoi l'on souffre tant! Loin de me délivrer des chaînes qu'il me donne, Amour les serre encore, et durement m'ordonne De payer de mes pleurs le tribut qu'il prétend.
Je sais comment les jours, les heures fortunées Et les heures d'angoisse emportent les années, Mais je suis le jouet d'un prestige vainqueur.
Depuis sept et sept ans je rêve et je raisonne ; De frayeur et d'espoir tour à tour je frissonne - Que Dieu m'accorde enfin la douce paix du cœur !
La pensée que nous devons mourir, si bien exprimée par Malherbe, se présente souvent sous la plume des écrivains. Aucun peut-être ne l'a rendue avec plus de pittoresque et de force que le père Matthieu Martin, déjà cité, sonnet LIX.
« La mort, cette cruelle parque, ne pardonne à personne. Mais, de grâce, comme quoi et à qui pardonneroit-elle, la pauvre sotte ? Elle n'a ni cœur, ni entrailles, ni yeux, ni oreilles, ni cerveau, ni bouche, rien que dents pour mordre et déchirer; puis une grande faux à la main dont elle moissonne tout ce qu'elle rencontre, papes, rois, princes, ducs, marquis, comtes, nobles et roturiers, riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes, tous pêle-mêle, et de tout cela elle fait de la poussière et quasi rien. Ne me voulez-vous croire ? Faites ouverture des tombeaux ; brisez-moi ces lames de cuivre ; évoquez ces cendres ; faites en sorte que ces os décharnés vous parlent. Hé bien ! pauvres carcasses, vous y voilà!.. Où sont maintenant vos bonheurs et délices? Où vos couronnes, sceptres et trônes? Où vos robes brochées d'or, grêlées de pierreries, herminées de martres ?.. Qu'est devenu tout cela? des vers, de la pourriture, un peu de poussière, un beau rien. » {Les Apanages d'un cavalier chrestien, ch. I.)