A PANDOLFO MALATESTA, SEIGNEUR DE RIMINI
L'aspettata virtù, che 'n voifioriva.
Cette vertu qu'en vous je vis fraîche et fleurie, Lorsque Amour commença a"* occuper vos penser s, Donne aujourd'hui les fruits quelle avait annoncés, Et les donne plus beaux que dans ma rêverie.
Aussi sur le papier je veux sans flatterie
Ecrire votre gloire et vos exploits passés.
Le marbre, où des héros les grands noms sont tracés,
Ne les garde pas mieux qu'une page chérie.
Croyez-vous que jamais le ciseau, le burin Nous eussent conservé sur la pierre ou l'airain César et Marcellus tels qu'ils sont dans l'histoire?
Pandolphe, avec le temps ces œuvres périront , Mais pour l'éternité nous attachons au front Les lauriers du génie et ceux de la victoire.
PENDANT LA VIE DE LAURE. 1 8 l
Pandolphe II, seigneur de Rimini, Pesaro, Fano et Fossombrone, avait acquis de la gloire à la tête des armées florentines.
Pétrarque s'est inspiré ici de Y œre perennius d'Horace. Le temps détruit, en ellet, les monuments de marbre et de bronze, tandis que les livres se perpétuent par les copies. Mais, à ses yeux, ce n'est pas là seulement ce qui fait la supériorité de la poésie sur les œuvres artistiques. La poésie leur est encore supérieure en ce qu'elle fait connaître en détail la vie et les exploits des héros tandis que l'art ne conserve que leurs traits et des inscriptions laconiques.
Tous les poètes paraphrasent Y œre perennius pour donner l'immortalité à celles qu'ils chantent. Lamartine l'a fait avec un charme infini dans sa IIIe Méditation :
Oui, l'Aiiio murmure encore Le doux nom de Cinlhie aux rochers de Tibur : Vaucluse a retenu le nom chéri de Laure...
l82 LES SONNETS DE PETRARQUE