‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 12 sur 113 · VINGTIEME ANNIVERSAIRE DE SON AMOUR · texte numérisé non relu

VINGTIEME ANNIVERSAIRE DE SON AMOUR

Beato in sogno, e di languir contenta.

Heureux de ma langueur et de vivre en rêvant, Je poursuis un nuage; une ombre me captive ; Je laboure et je sème en Vondè improductive; Je bâtis sur le sable et j'écris sur le vent.

Et j'ai tourné mes yeux vers mon soleil vivant Tant de fois qu'ils n'ont plus leur force admirative: Je pourchasse une biche errante et fugitive Avec un bœuf boiteux pas à pas se mouvant.

Incapable de tout sinon d'aveugle envie,

Et courant à ma perte en agitant ma vie,

Je n 'implore qu'Amour et ma dame et la mort.

A insi depuis vingt ans {triste et longue torture) De pleurs et de regrets je fais ma nourriture ,• Voilà le pain amer que ma dent ronge et mord.

« Si on ne connoissoit pas les misères, les inconséquences et les variations perpétuelles de l'esprit humain, qui est-ce qui ne seroit pas étonné, dit l'abbé de Sade, de voir un homme tel que Pétrarque pleurer, soupirer, gémir comme un enfant aux pieds d'une femme, dans le temps que, les yeux tournés vers Rome, il paroît profondément occupé de l'affaire la plus importante, la plus sérieuse et qui lui tenoit le plus à cœur? Quelle différence entre ces vers mois et langoureux que l'amour lui dictoit, et ces lettres à Rienzi. pleines de l'esprit de l'ancienne Rome, où règne l'esprit le plus mâle et le plus vigoureux ! Croiroit-on que l'un et l'autre part de la même source? (V. note préliminaire de cette série.)

« Pétrarque n'a jamais fait plus de sonnets que cette année (1347)..., et on nepeut douter de leur époque, il y en a qui la portent eux-mêmes. On diroit que son principal objet dans ces vers étoit de convaincre la postérité de la vertu de Laure. » (Métn., t. II, p. 356.)

Le quatrième vers rappelle celui de Catulle : In vento et rapida scribere opnrtet aqua.

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