CLXXVIII
ÉNUMÉRATION DES CHARMES QUI l'ûKT TRANSFORMÉ. Gracie ch' a pochi 'l Ciel largo destina.
Des grâces que le ciel ne prodigue à personne, La chevelure blonde et l'esprit sérieux, D'un cœur noble et brûlant l'élan mystérieux, Une vertu qui plaît et que nul ne soupçonne ;
Un admirable chant qui jusqu'en nous résonne,
La céleste démarche et, don plus curieux,
La modestie unie à Pair victorieux,
Une belle âme enfin qu'un beau corps emprisonne...
Mais trop tôt je m'arrête j il faut enc or nommer Ces regards si brillants qui pourraient enflammer D'un profond souterrain la voûte ténébreuse.
Tous ces attraits, non moins que la voix généreuse
Et le soupir suivi d'un sourire rosé,
Voilà quels enchanteurs ni' ont métamorphosé.
« Par une espèce de sympathie, dit l'abbé de Sade, Pétrarque éprouva dans la figure le même changement que Laure. Il perdit avant l'âge cette fraîcheur de teint, ce coloris vif qui le faisoit remarquer partout où il alloit. Dans une lettre écrite à un ami qu'il n'avoit pas vu depuis quelque temps, il lui dit : « Je ne suis « plus tel que vous m'avez laissé; cette discorde per- « pétuelle entre mon âme et mon corps a changé mon « visage avant le temps; vous auriez de la peine à me « reconnoître. » Quelqu'un, le voyant dans cet état, dit : « Il faut que Pétrarque soit ensorcelé ; je le trouve » bien changé ; une passion si longue, et qui produit « un si grand changement, doit être l'effet de quelque « sortilège. » Voici quelle fut sa réponse [le sonnet cicontre, que l'auteur classe à l'année 1342]. » (Mém., t. II, p. 62.)
M. Léonce de Saint-Geniez a traduit ce sonnet par sept stances. Sa traduction, comme celles de M. de Montesquiou, de l'abbé de Sade et de l'abbé Roman, ne rend ni la forme ni l'harmonie du texte italien. M. Erménard du Mazet a imité la forme, mais il s'est dispensé de rimer les quatrains selon la règle, et n'a fait que des simulacres de sonnets.
Le vers sur la voix de Laure : E 7 cantar che nelV anima si sente, est cité par J.-J. Rousseau dans sa Nouvelle Hélo'ise (Partie I, lettre XLIX). V. sur le chant de Laure les sonnets CXXXIV, CLX, CLXXXIV etCLXXXIX.