TOUS LES DONS DE L'AME SONT REUNIS DANS LAURE A LA BEAUTÉ SOUVERAINE
In nobil sangue vita umile e quêta.
Une modeste vie au sein de l'opulence,
Avec an cœur candide un esprit animé,
Les fruits de l'âge mûr unis aux fleurs de mai,
Et la gaieté de l'âme à l'éloquent silence:
Voilà ce que le ciel a dans sa bienveillance Su joindre en cette dame au blason renommé, Et son mérite est tel qu'en son langage aimé La muse n'en saurait exprimer V excellence.
Amour s'allie en elle avec l'honnêteté ;
Des ornements choisis rehaussent sa beauté ;
Sa main pieuse agit quand se tait sa voix sainte.
Et ce je ne sais quoi qui dans ses regards luit Peut assombrir le jour comme éclairer la nuit, Rendre le miel amer comme adoucir l'absinthe.
« Si une belle âme docile et généreuse se trouve unie à un beau corps, ces deux beautés, concourant ensemble, ont des charmes incroyables. » Platon que je cite veut que de la beauté individuelle on s'élève à la beauté universelle, à cette beauté suprême devant laquelle il s'extasie. « O le merveilleux spectacle, s'écrie-t-il, que cette beauté divine, pure, simple, entière, parfaite, sans mélange de corps et de couleurs, et inaccessible à toutes les misères qui corrompent les biens terrestres! »
Pétrarque célèbre ici l'alliance de la beauté morale et physique. Nous avons déjà vu et nous verrons encore que son amour, en se purifiant avec l'âge, conduit son âme à Dieu. Il aima donc Laure à la manière de Platon, et en chevalier chrétien ; ce qui l'a fait qualifier par Lamartine de « Platon chrétien, mille fois supérieur en vers à la prose, du Platon païen. »
5o LES SONNETS DE PETRARQUE
IL GEMIT TOUJOURS ET L INJUSTICE DE LA.URE LUI PESE PLUS QUE SA SOUFFRANCE.
Tutto 7 dipiango: e poi la notte, quando.
Je souffre tout le jour, et quand au malheureux La nuit vient apporter l'oubli de ses misères, Moyi mal de plus en plus enfonce en moi ses serres ; Mon existence ainsi s'use en tourments affreux.
Mes yeux sont consumés par des pleurs douloureux, Mon cœur par des désirs constamment nécessaires. J'envie aux animaux, et mes vœux sont sincères, Le long repos qui suit leurs accès amoureux .
Hélas ! d'une aube à l'autre et d'une ombre à l'autre om De mes ans j'ai déjà vu fuir le plus grand nombre; Ce qu'on appelle vie est pour moi le trépas.
Par l'abandon d' autrui mon infortune empire;
Car la pitié vivante à laquelle j'aspire
Me voit dans la fournaise et ne s'en émeut pas.
Dans l'excès de sa douleur, Pétrarque porte envie au sort des animaux. Une plainte analogue se trouve au début de la première sextine. Il voudrait jouir du repos que la nuit apporte après une journée laborieuse. Mais les nuits qu'il passait sans sommeil ne furent pas' toujours sans douceur. Voici ce qu'il écrivait dans une lettre à un ami sur sa vie de Vaucluse :
« Combien de fois, l'été, à minuit, après avoir récité mon office, ai-je été me promener tout seul dans les champs et sur les montagnes, au clair de lune! Combien de fois suis-je entré, malgré l'obscurité de la nuit, dans cet antre terrible où, pendant le jour et en compagnie, on ne pénètre jamais sans quelque émotion!...
« J'ai trouvé tant de charme dans cette solitude et un repos si agréable, que je crois n'avoir vécu que le temps que j'y ai passé ; tout le reste de ma vie n'a été qu'un supplice continuel. » (Me'm. de l'abbé de Sade, t. I, p. 349.)
Le 11e vers : Di questa morte, che si chiamo vita, rappelle ces mots du songe de Scipion : Vestra vero. quœ dicitur vita. mors est. (Cicéron, De la République, liv. VI.)
GLXXXI
s'iL PERD TOUTE ESPÉRANCE, Il VEUT DU MOINS QUE LE MONDE SACHE COMBIEN IL EST DOUX DE MOURIR POUR LAURE.
Già desiai con si giusta querela
Naguère je voulais, stérile tentative, Par l'ardeur de mes chants et par ma voix plaintive Que ce cœur, resté froid au milieu de l'été, Sentît quelque regret de m' avoir maltraité .
Je voulais réchauffer cette glace rétive, Et que Laure à mes vœux eût l'oreille attentive , Ou du moins faire prendre en haine sa beauté En immortalisant sa longue cruauté.
Maintenant mon désir n'est pas qu'on la critique. J'implore de nouveau sa pitié sympathique; C'est mon triste destm qui me fait seul souffrir .
Si je célèbre encor sa grâce souveraine, C'est afin que le monde à mon trépas apprenne Que pour si noble dame il est doux de mourir.
Commentaire de l'abbé de Sade : « Après avoir essayé en vain de toucher le cœur de Laure par ses tristes accents; après lui avoir fait les reproches les plus amers sur la manière dont elle traitoit un amant de vingt ans, enfin, las de se plaindre et de soupirer en vain, il prit le parti de renoncer à ces lamentations perpétuelles, et de ne parler dans ses vers que des charmes de Laure et du bonheur de vivre sous son empire. » (Mém., t. II, p. 358.)
L'idée du dernier vers fait toujours merveille à l'Opéra et dans les élégies.
Dans une chanson, assez péniblement tournée, François Ier se félicite ainsi de ce que son cœur est logé dans celui de sa mie :
Aussi mourant à moi et à aultruy vivant, Mon cueur est mieux logé qu'en moi n'estoit d'avant; Car pour vivre en tel lieu plus dou'x est le mourir Que de pouvoir sans elle et vie et soi nourrir