LE MATIN
// cantar novo e 'l pianger degli augelli.
A la pointe du jour, mille gazouillements Viennent rendre la vie aux vallons, aux collines, Et l'on entend le bruit des ondes cristallines Et du feuillage vert les doux frémissements.
Celle qui montre l'or de ses cheveux charmants Et les lis parsemés de teintes coralines, Qui de l'amour bannit toutes ruses félines, Me convie à jouir de ces enchantements.
Pour saluer l'Aurore aussitôt je m'éveille, Et je salue aussi cette double merveille : Le brillant roi du jour et celui de mon cœur.
Naguère je les vis se disputer le monde ; Le premier fit pâlir toute étoile à la ronde, Mais le second resta le suprême vainqueur.
La beauté de Laure est un soleil qui éclipse le véritable. Que cette hyperbole soit usée aujourd'hui, c'est possible. Mais elle ne l'était pas du temps de Pétrarque, quoiqu'un auteur latin l'eût déjà employée à la louange de l'acteur Roscius :
Constiteram. exorientem Auroram torte salutans,
Cum subito a lœva Roscius exoritur.
Pace mihi liceat, Cœlestes, dicere vestra,
Mortalis visus pulchrior esse deo 1.
Longtemps après Pétrarque, cette idée galante a été reproduite avec succès dans un sonnet italien d'Eustachio Manfredi (V. sa traduction au sonnet XXXIV), et a fait la fortune de deux sonnets français, l'un de Gilles Durant et l'autre de Malleville. Le sonnet de Malleville, la Belle Matineuse, est resté célèbre dans notre littérature; il a été admiré comme une merveille. Nos aïeux du grand siècle étaient-ils dépourvus de goût? V. sonnet CCXVII.
1 Vers deQ. Catulus, cités par Cicéron [De la nature des Dieux, liv. I).
IL SE DEMANDE d'0U VIENNENT LES MERVEILLEUSES BEAUTÉS DE LAURE.
Onde toise Amor V oro e di quai vena.
OU V Amour a-t-ilpris Vor de ces blondes tresses? Quel pays, quel arbuste ont sur ces traits semé La rose délicate et le lis parfumé?
Qui leur donna la vie et les chastes ivresses?
Ces perles, heureux frein des honnêtes tendresses, Qui les rangea si bien sous le sourire aimé? Et sur ce front d'albâtre, avec grâce formé, Qui versa la candeur des divines caresses?
Quel ange, quelle sphère ont inspiré ces chants, Qui transportent mon être avec leurs sons touchants Dans une région inconnue au vulgaire?
Quel soleil alluma le feu de ces beaux yeux, Tantôt durs et cruels, tantôt doux et joyeux, Arbitres souverains de la paix et la guerre?
PENDANT LA VIE DE LAURE. 5g
L'abbé Roman a consacré quarante-sept vers à la traduction ou plutôt à la paraphrase de ce sonnet. Voici comment il décrit les dents et le chant de Laure :