LE CHANT DE LAURE
Il flatte, il ravit, il enflamme, Le rossignol en est jaloux, Et son triomphe le plus doux Est de se faire entendre à lame.
Après avoir cité une vingtaine de vers de cette paraphrase, M. Esménard du Mazet s'écrie : « Le reste est encore plus long et plus mauvais. Quel aveuglement de faire imprimer de tels vers, et de les donner comme la traduction ou l'imitation d'un poé'te illustre! » Cet auteur, qui s'est mis si à l'aise en s'affranchissant de la gène des rimes répétées, n'aurait pas dû se montrer si sévère. Le deuxième quatrain rend très-bien \'E 7 cantar che nelï anima si sente du sonnet CLXXVIII.
i L'amour
LES YEUX DE LAURE LE FONT MOURIR ET REVIVRE. Quai mio destin, quai for\a o quai inganno.
Quel arrêt du destin, quel art, quelle fureur M'ont ramené sans arme au lieu de ma détresse? Dois-je, si je me sauve, être dans l'allégresse? Verrai-je, si je meurs, la mort avec terreur?
Non ! la vie à présent, je l'ai prise en horreur; Un éblouissement me poursuit et m'oppresse ; Mon cœur est consumé par la flamme traîtresse; Voilà déjà vingt ans que dure mon erreur.
Sitôt que les beaux yeux en quête dhine proie Font briller à distance un regard qui foudroie, J'attends le trait sanscrainte et suis prêt àmourir.
Mais si l'ardent rayon de plus près me visite, Son charme tout-puissant me fascine, et j'hésite... Allons! courage! Amour pourra me secourir.
PENDANT LA VIE DE LAURE. 6l
« Il est aisé de voir par ces sonnets, dit l'abbé de Sade, que Pétrarque, malgré tous ses projets, étoit toujours le même dans le fond; les regards de Laure décidoient de son bonbeur ou de son malheur, de sa joie ou de sa tristesse. Quel mépris ne doit-on pas concevoir pour l'homme, quand on voit un des plus beaux génies que la nature ait produits s'occuper, pendant les vingt plus belles années de sa vie, de ces niaiseries de l'amour ! [L'abbé de Sade avait marché sur une mauvaise herbe quand il a écrit cette phrase ; il est ordinairement plus indulgent et plus juste.]
« Au fond, Pétrarque étoit triste et malheureux; d'un côté, Laure ne le traitoit pas comme il auroit voulu; honteux de se voir attaché à une femme à l'âge de quarante-trois ans, et maltraité, il essayoit quelquefois de secouer ce joug, et ne pouvoit en venir à bout; de l'autre, il détestoit la cour d'Avignon; le séjour de cette ville lui étoit insupportable, et cependant, comme il le dit lui-même, je ne sais quoi de plus fort que lui, soit force, destin ou prestige, l'y ramenoit toujours. » (Mém., t. II, p. 3Go.)