DIALOGUE AVEC LES COMPAGNES DE LAURE
Liete epensose, accompagnate e sole.
— Vous qui joyeusement peuple^ la solitude En cheminant ensemble et vous entretenant, Mesdames, où donc Laure est-elle maintenant ? Pourquoi pas avec vous, selon son habitude?
— Son riant souvenir cause notre attitude, Car nous ne voyons plus son sourire avenant. La jalousie aveugle, à tort la condamnant , La retient au logis avec inquiétude .
— Un frein ? des lois ? qui peut en donner aux amants ?
— L'âme est libre en effet, mais aux durs traitements Avec son faible corps la femme est exposée.
Comme nous l'éprouvons, Laure V éprouve aussi ; Son front si beau, si pur, est souvent obscurci ; Souvent ses doux regards sont voilés de rosée.
« Trouvant un jour les compagnes de Laure a la promenade sans elle, ce qui arrivoit très-rarement. Pétrarque, dit l'abbé de Sade, leur en demanda la raison. Elles lui répondirent : Vous savez que rien ne nous fait plus de plaisir que la compagnie de Laure ; c'est l'envie et la jalousie qui nous en privent. La jalousie est une vilaine passion qui fait son bonheur du malheur des autres. A quoi servent ces violences? On peut captiver le corps des amants; mais l'âme est toujours libre et ne reçoit la loi de personne. Il n'y a aucune de nous qui n'ait éprouvé quelquefois ce qui arrive aujourd'hui a Laure. Elle ne se plaint jamais; mais il est aisé de lire sur son visage ce qui se passe dans son cœur, quand on voit sa beauté flétrie par le chagrin et ses yeux encore humides des larmes qu'elle a répandues.
« Cette réponse prouve clairement que Laure étoit mariée; que son mari étoit jaloux, et que, quand ses accès de jalousie le prenoient, il défendoit à sa femme d'aller à la promenade avec ses amies. » {Mém., t. II, p. 480.) V. le sonnet CLXIII.
GLXXXVII