‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 19 sur 113 · LA NUIT L ATTRISTE · texte numérisé non relu

LA NUIT L ATTRISTE

Quando'l sol bagna in mar l'aurato carro.

Quand le char de Phébus plonge dans les flots bleus. Aux ténèbres livrant mon esprit et la terre, Je m apprête à passer une nuit solitaire Avec la lune pale et le ciel nébuleux.

Au lieu de m'' endormir dans un repos moelleux, J'invoque Amour, ma dame, et je fais l'inventaire Des tourments que j'endure et que je devrais taire ; Car ce que sent mon cœur peut sembler fabuleux .

Mon front ne connaît pas les pavots de Morphée ; Par les gémissements ma voix est étouffée ; Sans cesse de me s y eux coule un ruisseau de pleurs .

Vient ensuite l'aurore avec sa flamme rose; Mais le soleil si gai laisse mon cœur morose: C'est un autre plus doux qui calme mes douleurs.

Si l'on en croyait l'abbé Delille et Madame Deshoulières, Pétrarque n'était pas aussi à plaindre qu'il le disait. Mais leurs conjectures poétiques ne reposent sur aucune donnée positive et ne méritent pas la moindre confiance.

Une grotte écartée avait frappé mes yeux : Grotte sombre, dis-moi si tu les vis heureux? M'écriai-je. Un vieux tronc bordait-il le rivage ? Laure avait reposé sous son antique ombrage.

(Delille.)

Dans cet antre profond où, sans d'autres témoins.

Laure sut par de tendres soins De l'amoureux Pétrarque adoucir le martyre ; Dans cet antre où l'amour tant de fois fut vainqueur Il exprima si bien sa peine, son ardeur,

Que Laure, malgré sa rigueur,

L'écouta, plaignit sa langueur.

Et fit peut-être plus encore.

(M™6 Deshoulières.)

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