CL1X
IL INVITE. L AMOUR A REGARDER LA DEMARCHE ET LES DOUCES MANIÈRES DE LAURE.
Stiamo, Amor, a veder la gloria nostra.
Arrêtons-nous, Amour ; à loisir contemplons Ce chef-d'œuvre divin de grâce et de noblesse. Vois combien il est doux ce regard qui me blesse, Comme ils sont fins ces traits ornés de cheveux blonds .
Vois avec quel art l'or, les perles, les galons Rehaussent sa beauté sans nuire à sa simplesse! Comme son corps charmant se meut avec souplesse Dans les ombreux sentiers de ces riants valions1.
L'herbe verte, et les /leurs dont elle est émaillée Semblent, sous cette yeuse à l'antique f eut liée, Prier son pied qu'il daigne en passant les fléchir.
Et le ciel à l'entour de mille feux s'enflamme, Heureux d'être éclairci par les rayons de l'âme Que l'éclat de ses yeux est prompt à réfléchir.
On a vu au bas du sonnet LVII une description de la beauté de Laure. En voici une autre dont le style est un peu suranné :
« Qu'on s'imagine tout ce que la beauté, les grâces, l'esprit et les qualités du cœur peuvent, par leur réunion, former de plus intéressant, et qu'on joigne, à cet assemblage si précieux et si rare, tout ce que l'imagination passionnée d'un poète amoureux peut ajouter à ce tableau ; et l'on aura celui que Pétrarque nous a donné de cet objet charmant, qui fut le sujet de ses adorations. Qu'on se transporte au temps où la chevalerie faisait faire aux braves chevaliers tant d'actions héroïques, pour soutenir au péril de leur vie l'honneur de leurs dames, où elle les portoit à tant de hauts faits, pour avoir celui de mériter de recevoir de leurs mains le prix de leur valeur, et où tant de dévouement n'étoit inspiré que par un sentiment honnête et généreux qui enflammoit le courage ; et l'on se formera une idée de l'amour de Pétrarque, tel qu'il l'a dépeint dans ses ouvrages ; et peut-être alors ce genre d'un amour épuré paroîtra moins chimérique. » (Delon, Vies de Pétrarque et de Laure, p. 12.)