‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 23 sur 113 · SUR UN MAL D YEUX DE LAURE · texte numérisé non relu

SUR UN MAL D YEUX DE LAURE

/' mi vivea di mia sorte contento.

Rien ne semblait manquer à mon contentement ; Je vivais satisfait, sans désir et sans crainte. D'antres sont plus heureux dans l'amoureuse étreinte; Mais leurs plus vifs plaisirs valent-ils mon tourment?

Voici que ces beaux yeux, dont le regard charmant A laissé dans mon âme une éternelle empreinte, Par une brume épaisse ont leur clarté restreinte, Et que tout s'obscurcit sans leur rayonnement.

O Nature, dis-moi, bonne et cruelle mère, Pourquoi n'accordes-tu qu'un triomphe éphémère A ce qui de tes mains sort de plus précieux?

— Accuse Dieu, de qui ma puissance procède.

— Comment souffres-tu donc, v Souverain des deux. « Qu'à la force étrangère œuvre divine cède?

Pétrarque dit qu'il préfère sa peine aux plaisirs des amants heureux. L'abbé de Sade discute sérieusement cette hyperbole.

« Ceux qui connoissent par expérience le véritable amour disent qu'il a des plaisirs que le commun des hommes ne connoit pas; qu'une femme bien éprise, retenue" par l'honneur à accorder des choses que l'amour voudroit obtenir d'elle, sait donner à ses refus un prix, une douceur qui égale les jouissances de l'amour; qu'un homme qui sait qu'il est aimé possède en effet ce que la pudeur lui dispute; qu'il jouit de ce qu'on lui refuse comme de ce qu'on lui accorde; et qu'il y. a pour les âmes délicates des voluptés fines, qui les touchent davantage que les plaisirs grossiers de la jouissance.

« En faisant l'application à Pétrarque de ce qu'on vient de lire, on verra qu'il ne sort pas de la nature dans l'expression de ses sentiments. Dans le fond il ne pouvoit douter que Laure ne l'aimât; ses regards, quoique contenus par la pudeur, ses craintes, ses détours, ses réserves, ses petites finesses lui disoient tout ce qu'elle vouloit lui cacher... » (Mém.. t. II, p. 297.)

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