‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 4 sur 113 · LA DOUCE VOIX DE LAURE · texte numérisé non relu

LA DOUCE VOIX DE LAURE

Pasco la mente a" un si nobil cibo.

D'un si noble aliment je nourris ma pensée Que rien de plus exquis ne se peut concevoir. Au seul aspect de Laure, en moi je sens pleuvoir L'oubli de toute ivresse autrefois caressée.

Mais lorsque sa parole en mon âme oppressée Pénètre avec les mots qui savent émouvoir, Entraîné par P Amour, je goûte en son pouvoir La plus vive douceur ici-bas dispensée.

Car cette belle voix jusqu'au ciel élancée Résonne si suave et si bien cadencée Qu'on ne résiste pas à son magique effet.

Alors mes yeux charmés, mon oreille ravie Jouissent à la fois de ce qu'en cette vie L'art, joint à la nature, offre de plus parfait.

Le charme de la voix rend la femme souverainement séduisante et la dispense d'être belle. J'ai connu de par le monde, comme disait Brantôme, une fort aimable dame qui, à l'agrément d'un esprit alerte et cultivé, joignait une voix suave et sympathique. Elle chantait comme une artiste; on l'écoutait avec émotion, avec délices; on la couvrait d'applaudissements et de couronnes. Deux admirateurs enthousiastes devinrent successivement ses maris ; et un gentilhomme, type d'élégance et d'urbanité, ami des arts, des fleurs et de la poésie, lui resta fidèlement attaché tant qu'il vécut, comme au beau temps de la chevalerie. Ce nouveau Pétrarque, plus discret que l'ancien, n'a pas laissé voir aux profanes les vers qu'il adressait a sa Laure. Elle seule les a recueillis et, maintenant qu'elle est retirée du monde, elle retrouve, en les lisant, le souvenir de ses triomphes.

L'abbé de Sade nous a parlé de la voix de Laure au sonnet CXXXIV ; il en sera encore question aux sonnets CLXXVIII, CLXXXIV et CLXXXIX.

GLXI

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