LAURE, PAR COQUETTERIE, SE CACHE LE VISAGE AVEC LA MAIN
In quel bel viso ch' ï sospiro e bramo.
Mes regards contemplaient éblouis, attendris, Le beau visage, objet de mon ardeur secrète, Lorsque sa blanche main ou coquette ou distraite En cacha les contours et le frais coloris.
Mon cœur à l'hameçon comme un poisson fut pris, Ou comme sur la glu V oiseau de la coudrette. Entraînement funeste! erreur que je regrette! D'illusions mes sens depuis lors sont nourris.
Mais, déjouant la ruse avec un doux mensonge, Desyeux de la pensée ainsi que dans un songe, Je vis les nobles traits sous la divine main.
Cet aspect enchanteur me fit tressaillir l'dme. Je sentis je ne sais quelle nouvelle flamme, Quel supplice inconnu, quel plaisir surhumain.
« Un autre jour, dit l'abbé de Sade, Pétrarque, se trouvant avec Laure dans une promenade ou quelque assemblée, avoit les yeux fixés sur elle, et paroissoit enfoncé dans une douce rêverie : elle lui mit la main devant les yeux sans rien dire. Voilà le sujet du sonnet [ci-contre], qu'on trouvera peut-être unpeualambiqué, mais il exprime assez bien, ce me semble, la situation d'un amant à qui sa maîtresse présente une jolie main, pour lui cacher un visage charmant, qu'il regardoit avec plaisir. » (Mém., t. II, p. 366.)
« Un autre jour, dit Ginguené, il était auprès de Laure ou dans une assemblée ou dans une promenade. Il avait les yeux fixés sur elle, et paraissait rêver doucement : elle lui mit la main devant les yeux sans rien dire. Il y avait dans cette rêverie, dans ce geste et dans ce silence un sujet pour des vers pleins de sentiment, et malheureusement dans ceux que fit Pétrarque il n'y a que de l'esprit. » {Hist. litt. d'Italie, t. II, p. 5i5.)
Il me semble que Ginguené s'est trompé dans l'appréciation de cette petite scène de coquetterie.