‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 34 sur 113 · IL SE RAPPELLE COMBIEN LAURE FUT GRACIEUSE LE JOUR DES ADIEUX · texte numérisé non relu

IL SE RAPPELLE COMBIEN LAURE FUT GRACIEUSE LE JOUR DES ADIEUX

Vive f avilie uscian de' duo bei lumi.

Tandis que les beaux yeux d'où jaillit l'étincelle Laissaient tomber surmoi leur s regards onctueux, Des lèvres s'échappaient des mots affectueux , Comme un limpide flot sur le gravier ruisselle.

Quand je pense à ce jour où si tendre fut celle Qui ne m'avait montré que dédains vertueux, De mes chers souvenirs l'essaim tumultueux Trouble si bien mon cœur que ma raison chancelle.

Mon âme, accoutumée à souffrir dès longtemps (Et rien ne l'use plus que les chagrins constants), Ne pouvait résister à sa joie accablante.

Plusieurs fois donc, pendant ce triste et doux adieu, De frayeur et d'espoir également tremblante, Elle fut sur le point de retourner à Dieu.

Nous approchons de la mort de Laure. Ce n'est pas trop de l'espace qui nous reste en regard des derniers sonnets écrits pendant sa vie, pour rapporter la vision qui prépara Pétrarque à l'éternelle séparation. Laure mourut de la peste le 6 avril 1348, iour anniversaire de la première rencontre dans l'églisede Sainte-Claire. Ce jour-là même, elle lui apparut en songe, et une lettre, qu'il reçut à Parme le 19 mai, lui confirma l'avis céleste.

Le récit de cette vision n'est pas dans le Can^oniere. L'abbé de Sade, dont je suis la traduction, l'a extrait des œuvres latines :

« Une douce rosée étoit répandue dans l'air; l'aurore commençoit à dissiper les ténèbres qui rendent les songes de la nuit confus, lorsqu'une belle dame se présenta à mes regards. Elle ressembloit au printemps ; sa tête étoit couronnée de perles orientales. Elle quitta d'autres personnes couronnées comme elle pour s'approcher de moi, et me tendit en soupirant cette main si désirée. Saprésence, une si grande marque de bonté répandirent dans mon cœur une douceur infinie.

« Elle me dit : « Reconnoissez celle qui vous tira de « la voie commune, lorsque votre jeune cœur s'attacha « à elle. »

« En disant cela d'un air sérieux et modeste, elle s'assit sur le bord d'un ruisseau, à l'ombre d'un laurier et d'un hêtre, et elle m'ordonna de m'asseoir auprès d'elle.

« J'obéis, et je lui dis : « Comment ne reconnoî-

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