EN APPROCHANT DU PAYS DE LAURE, IL SENT LA FORCE DE SON AMOUR
L'aura gentil che rasséréna i poggi.
Z/aure gentille vient, haleine parfumée,
Rendre aux champs leur verdure et les fleurs aux forêts.
A ses douces senteurs je la reconnaîtrais ,•
Pour elle il me faut croître en peine et renommée.
Oui, j'ai fui l'air natal de ma Toscane aimée Pour reposer mon cœur sous les ombrages frais. Et j'espère éclaircir mes ténébreux regrets Aux rayons du soleil de la rive animée.
Je sens devant cet astre un tel enchantement Qu'entraîné par V Amour f y reviens constamment . Puis, ébloui, je pense à ni' éloigner fidèle.
Des ailes je voudrais pour prendre mon essor; Mais le ciel me condamne à périr, triste sort, Ou consumé près d'elle ou languissant loin d'elle.
L'abbé de Sade rapporte ce sonnet à l'année 1344. Nous avons vu, note préliminaire de la série IV, que Pétrarque, en quittant Parme, tomba dans une embuscade de voleurs et fit une chute. La première douleur passée, il se fit lier sur son cheval, alla couchera Modène et, le lendemain, se rendit à Bologne pour se mettre entre les mains d'un médecin. Sa chute avait été violente. Il avait perdu connaissance et s'était relevé tout meurtri.
« Soit qu'il fût dégoûté du séjour de l'Italie par les troubles qui y régnoient, soit qu'il fût pressé par le désir de revoir Laure, sans qui il ne lui étoit pas possible de vivre, s'il faut l'en croire, des qu'il fut en état de monter à cheval, il prit le chemin d'Avignon.
« En approchant de cette ville, il sentit une plus grande douceur dans l'air ; il vit des fleurs dans un bois où il passoit ; cela lui annonça qu'il n'étoit pas loin de Laure, et qu'il la verroit bientôt. Cette idée échauffa sa verve ; il fit le sonnet [ci-contre]. » (Mém., II, p. 199.)
Uaure signifie à la fois brise et Laure. V. la note du sonnet L.