CCXXVIII
PÉTRARQUE PEINT SON DÉSESPOIR PAR DES EXCLAMATIONS. Oimè il bel viso, oimè il soave sguardo.
Hélas! le beau visage! Hélas! le noble front ! Hélas! le doux regard, la lèvre enchanteresse, Au cœur le plus sauvage inspirant la tendresse! Hélas, hélas! mes yeux plus ne vous reverront!...
Je vous perds donc, sourire enchanteur et si prompt
A me lancer le dard qui déchire et caresse,
Ame chaste et loyale, âme qu'avec ivresse
Les phalanges du ciel de fleurs couronner ont !...
Tout à vous, c'est pour vous que je brûle et respire..,
Existe-t-il au monde une infortune pire
Que de vivre sans vous jusqu'à mon dernier jour?...
Vous remplîtes mon sein de désirs , d'espoir même, Lorsque je m'éloignai de mon trésor suprême; Mais le vent emporta ces promesses d'amour.
APRÈS LA MORT DE LAURE. 1 5j
« On dit que les grandes douleurs sont muettes, celle de Pétrarque ne le fut pas; il voulut l'immortaliser par ses vers, comme il avoit immortalisé son amour. Si, dans les vers qu'il fit -pendant la vie de Laure, il a surpassé tous les poètes italiens qui l'avoient précédé, on peut dire qu'il s'est surpassé luimême dans ceux qu'il fit après sa mort. C'est ainsi que s'exprime M. de la Bastie, et la plupart des interprètes de Pétrarque pensent comme lui. »(Mem.,t. II, p. 461.)
Nous avons vu tout à l'heure l'admiration enthousiaste de Lamartine. Celle de Ginguené me semble exprimée avec plus- de mesure; la voici :
« La seconde partie du Can^oniere, qui contient les poésies faites après la mort de Laure, est généralement préférée à la première pour le naturel et la vérité. Sans vouloir discuter cette préférence, que beaucoup de gens ont accordée sur parole, on doit reconnaître qu'en effet, dans un grand nombre de pièces, la douleur est vraie, touchante et même profonde, sans cesser d'être poétique et ingénieuse. On le sent dès le premier sonnet qui est tout en exclamations et en phrases interrompues. » (Hist. littér. d'Italie, t. II, p. 534.)