‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 44 sur 113 · LAURE ÉTAIT SON VÉRITABLE GUIDE; SA PERTE FAIT BLANCHIR SES CHEVEUX · texte numérisé non relu

LAURE ÉTAIT SON VÉRITABLE GUIDE; SA PERTE FAIT BLANCHIR SES CHEVEUX

S' Amor novo consiglio non n' apporta.

Amoins qu'Amour, mon maître, en ordonne autrement, L'heure viendra bientôt sonner ma délivrance, Tant le chagrin dévore avec acharnement Mon âme où le désir survit à l'espérance.

Ma vie est en effet une mer de souffrance, De soupirs et de pleurs tout un débordement, Et je vogue au milieu sans aucune apparence Que le ciel irrité devienne plus clément.

J'ai maintenant ■pour guide un être imaginaire. L'ange qui m'inspirait et que mon cœur vénère A regagné l'a\ur sans écouter mes vœux.

Son départ m'a laissé sans appui sur la terre j Je brûle d'une ardeur que rien ne désaltère, Et de profonds regrets argentent mes cheveux.

M. Achille de Laurens a peint en ces termes la douleur de Pétrarque :

i Si l'on veut connaître combien son affliction fut vive, profonde et durable, il faut lire les poésies que lui inspira l'absence éternelle de cette Laure, qu'il avait aimée pendant vingt ans de sa vie. Les Italiens donnent aux sonnets funèbres la préférence sur ceux que le poëte écrivit en l'honneur de Laure vivante, autant pour le charme mélancolique qui s'y fait partout sentir que pour la richesse et l'élégance de l'expression. Le Français qui lit facilement la poésie italienne, porte sur ces vers inspirés par la tombe le même jugement que les Italiens. Mais qui pourrait d'ailleurs mettre en question la vivacité et la durée de l'affliction de Pétrarque! Laure fut, il est vrai, la douloureuse rêverie de sa jeunesse ; mais les souvenirs de ses souffrances étaient devenus les délices de son âge mûr ; et rien ne charme aussi agréablement la vie moyenne de l'homme, que la présence des objets vivants et même inanimés auxquels se rattachent les pensées de son jeune âge. Laure, qui avait si longtemps occupé celles de Pétrarque, se séparait de lui, précisément à cette époque où son amour était devenu la plus douce des affections humaines, une pure et véritable amitié. » (Essai sur la Fie de Pétrarque, Avignon, 1839, P- 125.)

CGXXXVII

il voudrait mourir pour rejoindre laure, et regrette de n'être pas mort avec elle.

Nell' età suapiù bella e piùfiorita.

En sa saison la plus belle et la plus fleurie, A cet âge où l'amour est sur nous tout-puissant, L'âme de Laure a fui de son corps ravissant , Et fai perdu l'objet de mon idolâtrie.

Elle est montée au ciel, sa première patrie, ■ Et de là règne encor sur mon cœur gémissant . Que ne puis-je comme elle, en les airs m' élançant, Laisser sous le ga\on ma dépouille flétrie !

Libre ainsi des liens du terrestre esclavage, J'irais retrouver Laure au fortuné rivage Où la tendresse pure a fixé son séjour.

Plus tarde mon départ, plus mon mal s'envenime ; Le désir de la tombe est le seul qui m'anime. Qu'il eût fait beau mourir trois ans avant ce jour!

« Le six avril de cette année [1 35 1], dit l'abbé de Sade, Pétrarque, se rappelant que Laure étoit morte ce jour-là, il y avoit trois ans, fit un autre sonnet (celui ci-contre), qui finit par cette exclamation : Ah ! qu'il étoit beau de mourir, il y a trois ans! Mais s'il étoit mort, il n'auroit pas joui d'un des plus grands plaisirs qu'il ait eus dans le cours de sa vie.

« Le même jour qu'il fit ce sonnet, il vit arriver son ami Boccace, envoyé par la république de Florence, pour lui annoncer son rappel dans sa patrie et la restitution de son bien de famille.

« Il faut se rappeler que Petracco, accusé injustement d'avoir fait un faux acte, fut condamné à une amende de mille livres, et à avoir la main coupée s'il ne la payoit pas ; que, n'ayant pas comparu, il fut condamné par contumace, et son bien confisqué. » (Mém., III, p. 124.)

Boccace était porteur d'une lettre du sénat, dont j'ai cité les premières phrases au sonnet CXXXIII.

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