IL SAIT GRÉ A LAURE DE S'ÊTRE OPPOSÉE A SES DÉSIRS
L' aima mia fiamma oltra le belle bella.
La beauté qui régna sur mes sens indomptés, Qui de célestes dons fut ici-bas pétrie, A, trop tôt pour moi seul, regagné sa patrie, Où ses mérites saints lui sont déjà comptés.
Maintenant, quand je songe aux périls affrontés, Aux remords dont mon âme aurait été meurtrie, Je suis heureux quelle ait à mon idolâtrie Opposé constamment ses chastes volontés.
J'en rends grâces à Dieu, sa résistance sage,
Ses suaves dédains, son adoré visage
Ont tourné vers le ciel mon désir combattu.
O merveilleux effets de nos diverses armes : J'ai créé par mes chants, et Laurepar ses charmes, Moi pour elle la gloire, elle en moi la vertu.
APRÈS LA MORT DE LAURE. IQy
Le texte dit que Laure est retournée dans sa patrie et dans l'étoile qui convenait à ses mérites :
. - nel suo paese I ritornata ed alla par sua Stella.
« Quiconque, disait Platon (Dialogue de Timée), aura mené la vie des justes retournera dans l'astre fraternel jouir de la suprême félicité. » Cicéron avait adopté la pensée de Platon : Ad illum astrum quocum aptus fuerit revert itur.
D'après le sonnet CCXLVI, c'est dans la troisième sphère, c'est-à-dire dans la sphère de Vénus consacrée aux amants, que l'âme de Laure était allée.
Que Pétrarque, dans une œuvre poétique, ait suivi le système de Platon sur la destinée des âmes, rien de plus naturel. Mais que les philosophes du jour habillent la métempsychose de tous les oripeaux de la science moderne pour la substituer aux Vieilles conceptions du christianisme1, c'est là une prétention malheureuse.
1 Le lendemain de la mort, par Figuier. 2" édit., p. 299.