IL VIEILLIT ET NE CESSE D AIMER
Di d) in d) vo cangiando il viso e 7 pelo.
Le temps change mes traits et neige sur mon front. Pourtant l'amour conserve à mes yeux son prestige, Et je ne brise pas la verdoyante tige Qui des saisons jamais ne redoute l'affront.
Le ciel sera sans astre et les mers sécheront Avant que mon désir loin du laurier voltige, Avant de renoncer au séduisant vertige, Aux douleurs que je cache et que rien n'interrompt.
Je n'aurai de repos qu'en livrant à la tombe
Mon enveloppe d'os et de nerfs et de chair,
A moins que sur ma vie un doux regard ne tombe.
Rien ne me guérira du tourment qui m'est cher, Du coup que m'a porté jusqu'au fond du cœur Laure, Si ce n'est elle-même ou la mort que j^ implore.
A quarante-trois ans Pétrarque pouvait être vieilli par vingt années de soupirs; mais les cheveux blancs n'étaient pas chez lui le signe de la vieillesse. Pendant son séjour à l'évêché de Lombez, n'ayant alors que vingt-six ans, ses amis Lello et Louis, qu'il nommait Lélius et Socrate,et l'évêque lui-même le plaisantaient déjà sur sa tète grisonnante.
« Aux douceurs de l'amitié, dit l'abbé Roman, abréviateur de l'abbé de Sade, se mêloient les agréments d'une conversation tantôt savante, tantôt enjouée. Là. Pétrarque essuyoit et rendoit les plaisanteries que ses amis lui faisoient. Le prélat s'égayoit quelquefois à ses dépens. Il se moquoit de sa frayeur lorsque le tonnerre grondoit ; il le plaisantoit sur ses cheveux qui commençoient à blanchir, et qui lui donnoientun air vénérable dont il ne se piquoit point. Pétrarque repoussoit légèrement ces propos badins. Je m'en console, disoitil, avec les grands hommes de l'antiquité : Auguste craignoit le tonnerre, César et Virgile avoient des cheveux blancs, quoique jeunes encore. » {Vie de François Pétrarque, p. 26. V. le sonnet CLXXV.
iG LES SONNETS DE PETRARQUE