‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 51 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

LA MORT DE LAURE RENDRA LA SIENNE PLUS DOUCE. /' mi soglio accusare ; ed or mi scuso.

Je me plaignais naguère, à -présent je souris. Oui, je me félicite et très-heureux m'estime De l'honnête prison, de la blessure intime, Qui m'ont fait si longtemps des jours endoloris.

Oui, les Parques, — c'est un de leurs jeux favoris, - Ont brisé le fil d'or d'une noble victime. Mais du trésor perdu le regret légitime M'a du moins de la mort inspiré le mépris.

Oui, je le crois, jamais au monde il ne fut d'âme,

Si fi ère de sa vie et de sa liberté,

Qui n'eût alors rompu sa propre volonté;

Qui n'eût plutôt gémi sans fin pour cette dame, Que chanté pour une autre, et qui n'eût souhaité De vivre en son servage ou mourir de sa flamme !

Ces derniers vers montrent la vivacité du sentiment qui survivait dans le cœur du poëte :

« Son amour, dit M. Mézières, loin de s'éteindre faute de satisfaction, n'en a pas moins vécu et fleuri plus de trente ans. Il a, par conséquent, éprouvé et chanté ce que nous appelons l'amour platonique, c'està-dire un amour beaucoup plus humain que ne l'était chez Socrate et chez Platon le culte philosophique de la beauté absolue, mais beaucoup moins matériel que l'amour ordinaire, puisqu'on lui interdisait de jamais posséder l'objet aimé, et qu'il survivait à cette interdiction. Grâce à Pétrarque, cet élément spiritualiste qui se dégageait avec peine des mœurs grossières du moyen âge, se conserve aujourd'hui dans une grande œuvre d'art, et, depuis qu'une main de génie l'a gravé en caractères durables, compte au premier rang, parmi les sentiments nouveaux qui distinguent le monde moderne du monde ancien. » (Pétrarque, Etude, p. 144.)

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