‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 52 sur 113 · IL IMMORTALISERA LE NOM DE LAURE, SI DIEU LUI PRÊTE VIE · texte numérisé non relu

IL IMMORTALISERA LE NOM DE LAURE, SI DIEU LUI PRÊTE VIE

Due gran nemiche insieme erano aggiunto.

Deux trésors ennemis, la Vertu, la Beauté, Régnaient si bien d'accord dans cette âme choisie, Que chacune exerçait sa part de royauté Sans qu'entre elles survînt la moindre jalousie,

La mort les sépara sans nulle courtoisie. L'une est allée au ciel, prix de sa loyauté, L'autre, en tout son éclat brutalement saisie, De la tombe a déjà subi la cruauté.

Les suaves façons et les paroles sages

Venant d'un lieu sublime, et les derniers présages

Lus dans ces doux regards dont le feu m'' enivra :

Tout est perdu ! ... Du moins, si Dieu me prête vie, Mes chants diront encor celle qui m est ravie. Et peut-être son nom dans les siècles vivra.

Dire d'une femme qu'elle est belle et sage, c'est en faire le plus grand éloge, car la sagesse et la beauté ne vont guère de compagnie. Les anciens avaient déjà remarqué l'incompatibilité qui existe entre l'une et l'autre. On lit dans Ovide qu'il y a entre elles discord complet : Lis est cum forma magna pudicitiœ; et ailleurs, que les laides sont vertueuses, à moins qu'elles ne soient assez apprivoisées pour faire les avances :

Ludite, formosa;; casta est, quam nemo rogavit, Aut, si rusticitas non vetat, ipsa rogat.

Pétrone a signalé la rareté de l'alliance des deux ennemies : Raram facit mixturam cum sapientia forma. Juvéoal a dit de même :

Rara est adeô concordia forma; Atque pudicitiœ

Et Sénèque s'est permis d'écrire que la vertu est le signe de la laideur : Pudicitia est argumentum deformitatis.

Page 1