AVEC LAURE
Passato è 'l tempo ornai, lasso, che tanto.
Hélas! plus n'est le temps de l'ardeur amoureuse Où pourtant de fraîcheur fêtais environné... Plus n'est celle pour qui ma lyre a résonné... Sa corde vibre encor, mais faible et langoureuse.
C'en est fait des beaux yeux, de la figure heureuse.. Mais le regard resta sur mon cœur pardonné, Sur ce cœur imprudent qui s'est emprisonné Dans le brillant réseau d'une âme généreuse.
Sous terre il l'a suivie et de là jusqu'aux deux, Où le laurier posé sur son front gracieux Couronne avec éclat sa chasteté modèle.
Libre du voile humain qui me retient ici,
Au céleste séjour puissé-je aller aussi,
Et pour l'éternité me retrouver près d'ellel
a L'amour de Laure, dit Lamartine, était si réellement la vie intellectuelle et morale de Pétrarque, qu'après la disparition de cette étoile de son âme à l'horizon de la terre, le grand poëte cessa, pour ainsi dire, de vivre ici-bas pour suivre cette étoile au ciel ; son âme, jusque-là légère, mobile, inquiète, quelquefois errante, semble se revêtir du deuil éternel de Dante, après la mort de Béatrice, et s'ensevelir vivante dans le sépulcre et dans l'unique pensée de Laure. Ses sonnets deviennent graves et lapidaires comme des inscriptions sur des tombes.
« Maintenant, chante-t-il, que je promène un cœur « lourd et des regards humides, inclinés vers le sol, « dans un monde devenu pour moi aussi vide qu'une « cime dépouillée des Alpes, je vais explorant chaque « contrée, chaque place où je la vis autrefois, et toi u seule, ô passion qui me tortures! tu viens avec moi, « et tu me conduis à mon insu où je dois aller. « Hélas! ce n'est pas elle que j'y trouve, mais ce sont a ces saintes traces toutes dirigées vers cette région « supérieure qu'elle habite [S. CCLXV]. » (Cours fam. de litt., t. VI, p. 81.)