‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 66 sur 113 · A JACQUES COLONNA, APRÈS SA MORT · texte numérisé non relu

A JACQUES COLONNA, APRÈS SA MORT

Mai non vedranno le mie luci asciutle.

Jamais je ne pourrai, sans répandre des larmes, Sans me sentir ému du passé qui revit, Me rappeler les vers que ta plume écrivit Pour me rendre l'espoir au milieu des alarmes.

Non jamais l noble cœur qui sus trouver des armes Contre les passions dont l'ivresse asservit, Et qui des faux chemins que ma muse suivit Me montras le péril et les perfides charmes !

J'aurais voulu ? offrir quelque autre ouvrage né Sous le feuillage vert dont je fus couronné; Mais un astre cruel à mes rêves s'oppose.

J)ans l'ami qu'on vénère on perd un vrai trésor.

Déjà celle que j'aime avait pris son essor.

Mon âme, ô doux soupirs, en vous seuls se repose.

L'évêque de Lombez, Jacques Colonna, mourut au mois de septembre 1 341 , l'année même du couronnement de Pétrarque. Avant de mourir, il lui adressa un sonnet de félicitation auquel celui-ci répond sur les mêmes rimes. La réponse fut tardive, on le voit ; mais elle témoigne que Pétrarque garda longtemps le souvenir d'un ami, dont la perte lui avait été annoncée par une apparition. (V. le 2e alinéa de la page 189 en regard du sonnet CCXLIV.)

Le sonnet de l'évêque est assez bizarre dans ses détails ; en voici la traduction :

« Si les parties de mon corps, divisé en milliers d'atomes brillants, n'étaient que langues et paroles, — Si toutes les voix mortes et vivantes, qui percèrent le tympan mieux que les épées d'Hector et d'Achille, criaient, à ma requête, comme des filles de joie frappées de verges, corne verberate putte, — Je ne saurais assez dire quelle allégresse j'ai sentie dans mes membres et dans ma pensée, en apprenant qu'au forum romain — Le laurier verdissait sur le noble front du nouveau poëte de Florence l. »

l'> Le texte est dans// Petrarca de Louis Dolce, édition de Venise de 1558, p. .t7l.

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