‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 67 sur 113 · IL PRIE LAURE DE L AIMER AU CIEL · texte numérisé non relu

IL PRIE LAURE DE L AIMER AU CIEL

Or haifatto V estremo di tuapossa.

O Mort, cruelle Mort, tes vœux so)tt accomplis 1 Le royaume d'amour, tu l'as fait triste et vide; Et tu laisses flétrir dans la tombe livide Les fleurs de la beauté, les roses et les lis.

C'est en vain toutefois que tu t'enorgueillis D'avoir rompu le fil que la Parque dévide: Le mérite et la gloire à ton pouvoir avide Echappent... Tu n'as droit qu'aux os ensevelis.

Le reste , c'est le ciel qui V accueille et le fête, Et quiconque ici-bas vit cette âme parfaite La garde encor vivante en son esprit ravi.

Nouvel ange, qu'au sein de ta victoire grande, Ton cœur par charité cède enfin et se rende Comme par tes beaux y eux le mien fut asservi.

« Les sentiments chrétiens, dit M. Mézières, qu'une éducation pieuse avait jetés dans l'àme de Pétrarque, qu'y entretenait, en outre, l'accomplissement régulier des devoirs religieux, un moment assoupis et comme étouffés par la violence de son amour, puis au bout de sept ans reprenant enfin une partie de leurs droits et tenant la passion en échec, n'avaient fait que s'affermir et s'enraciner davantage en lui avec les années. Lorsque Laure mourut, la religion seule le consola en lui ouvrant les perspectives infinies de l'immortelle espérance. » (Pétrarque, Etude, p. 137.)

« A mesure, dit-il plus loin, qu'on approche de la fin du Can^oniere, on s'aperçoit que le sentiment religieux prend le dessus et que la note amoureuse s'affaiblit. Le pocte élève moins souvent son âme vers sa maîtresse et l'élève davantage vers Dieu. Malgré la ferveur croissante de sa foi, il ne peut cependant consentir plus qu'il n'y consentait auparavant dans son Secret, à reconnaître sans combats que l'amour lui a été mauvais et n'a exercé sur lui qu'une influence pernicieuse. Il défend encore sa passion, il ne se résigne pas sans efforts à se repentir d'une affection à laquelle il doit tant de mouvements généreux et d'élans poétiques. » (Id., p. 1 39.)

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