‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 68 sur 113 · IL ESPÈRE IMMORTALISER LE NOM DE LAURE · texte numérisé non relu

IL ESPÈRE IMMORTALISER LE NOM DE LAURE

U aura e l'odore e 7 refrigerio e V ombra.

Le souffle et le parfum, la fraîcheur et l'ombrage Du laurier qui m'est cher et son aspect brillant, Lumière et doux repos de mon corps défaillant, La mort m'a tout ravi dans sa maudite rage.

Le soleil à nos yeux disparait dans l'orage ; De même s'est caché mon astre bienveillant, Et j'appelle au secours en priant et veillant, Comme le naufragé sur un morne parage.

Belle dame, au tombeau déjà tu ne dors plus: Te voilà maintenant au nombre des élus $ Ton âme au sein de Dieu trouve la quiétude.

Ah! si mes chants jamais ont quelque autorité. Ton nom qu'exaltera tout ami de V étude Passera sans obstacle à la postérité !

« Rien n'est plus vrai, plus juste que la gloire de Pétrarque, dit M. Villemain ; c'est un poëte admirable ; il n'a qu'un seul défaut qui tient à son génie, c'est de ne pouvoir être tout à fait compris que par sa nation : il est tellement Italien qu'on ne peut le dépayser sans le détruire. Lisez-le dans sa langue; si vous essayez de toucher une expression, de l'enlever, de la traduire, vous la fanez : quelque chose de cette grâce idéale, de ce charme délicat et voilé qu'il avait pris pour objet de sa poésie, s'est communiqué à tous ses vers. Dans la langue originale, lors même que la mélodie des sons n'est pas parfaitement saisie par une oreille étrangère, le charme des tours ne peut échapper à l'attention ; c'est un plaisir musical qui ravit l'àme, et rappelle les plus douces émotions qu'aient données Virgile ou Racine. Mais si vous prenez quelques mots français pour les mettre à la place de ces mots italiens; si, avec des mains toujours un peu lourdes, des mains de traducteur, vous voulez saisir ces grâces fugitives, vous ne les retrouverez plus ; et à l'instant où vous voulez communiquer votre enthousiasme, l'objet en a disparu. » (Tableau de la littérature au moyen âge, t. II, p. 25.)

M. Villemain, qui loue ici avec tant de chaleur la poésie de Pétrarque, semble, quelques lignes plus haut, lui reprocher l'emploi du sonnet, et ne lui pardonne cette faute de goût que parce qu'elle l'a obligé à soigner son style et à travailler ainsi au perfectionnement de la langue italienne.

« Ce que le goût reproche h Pétrarque l'a servi, cette

GGLXXXIV

IL SE RAPPELLE LES DERNIERS REGARDS DE LAURE. U ultimo, lasso, de' miei giomi allegri.

Le bonheur en ma vie a tenu ■peu de -place.

Je touchais au dernier de quelques jours heureux,

Et, présage certain d'avenir ténébreux,

Mon cœur tantôt brûlait, tantôt était de glace.

Tel un malade sent sa tête lourde et lasse Et ses nerfs agités avant l'accès fiévreux, Tel f étais averti de mon sort douloureux Par le pressentiment, serpent qui îious enlace.

Les beaux yeux clos au monde et dans le ciel rouverts, Rayonnant aujourd'hui dans l'immense univers, Allaient quitter les miens troublés par la souffrance.

« Amis, leur dirent-ils en se mouillant de pleurs, « Reposez-vous en paix et garde\ V espérance; « Séparés ici-bas, nous nous verrons ailleurs.

forme régulière et étroite du sonnet. Boileau a dit : Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme. O rit maintenant de cette prétention; mais pour une littérature naissante, le sonnet avait l'avantage inestimable de forcer le talent à beaucoup de soin et de pureté. » [Id., p. 2 3.)

Il est à croire que Pétrarque avait l'oreille aussi délicate que M. Villemain, et qu'il savait bien ce qu'il faisait en prenant le sonnet pour principal confident de ses inspirations.

La critique littéraire compte encore quelques ennemis du rhythme favori de Pétrarque. En faisant connaître aux lecteurs du Constitutionnel (26 octobre 1875) le beau livre de M. Jules de Gères, Cinq dizains de sonnets entrecoupés d'historiettes en vers, M. J. Barbey d'Aurevilly s'est permis contre le sonnet et les sonnettistes une foule de plaisanteries, d'autant plus déplacées que l'excellent poète dont il proclamait le mérite est un de nos meilleurs sonnettistes.

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