‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 69 sur 113 · IL SE REPROCHE DE N AVOIR PAS COMPRIS LES DERNIERS REGARDS DE LAURE · texte numérisé non relu

IL SE REPROCHE DE N AVOIR PAS COMPRIS LES DERNIERS REGARDS DE LAURE

O giorno, o ora. o ultinto momento.

Quelle étoile maligne éclaira ma naissance ? O dernier jour, dernière heure et dernier moment! . Que voulais-tu me dire, ô regard trop charmant, Alors que je partis pour une brève absence?

A présent, je le sais, tardive connaissance 1 Insensé! je croyais par mon éloignement Perdre Laure en partie et non totalement ; Mon cœur comptait encor sur quelque jouissance.

Et le destin jaloux allait le déchirer •

Le flambeau de ma vie était près d'expirer :

Sur le front pâle et doux la mort était visible.

Mais un voile semblait devant mes yeux tendu, Afin que le regret de mon bonheur perdu Me prît à l'improviste et me fût plus sensible.

APRÈS LA MORT DE LAURE. 1~]b

Jeunes ou vieux, si nous sentons ou avons senti comme Pétrarque, nous devons lire avec sympathie l'expression de ses regrets et de ses souvenirs.

« Les poètes, dit Ginguené, qui ont peint la passion la plus forte et le sentiment le plus doux, les poètes erotiques forment dans la littérature une classe intéressante que l'on croirait d'abord ne devoir l'être que pour la jeunesse; mais on reconnaît ensuite que c'est pour les âmes sensibles qu'à tout âge ces poètes ont de l'intérêt; dans la jeunesse, parce qu'ils peignent ce qu'elles éprouvent; dans la suite de la vie, parce qu'ils leur rappellent de touchants souvenirs. Les âmes froides, celles qui s'occupent trop du matériel de la vie pour s'ouvrir aux affections qui en font le charme, n'aiment à aucun âge l'expression d'un sentiment qu'elles ignorent; à aucun âge un poète sentimental n'est pour elles autre chose qu'un diseur de vaines paroles et de phrases vides de sens. Plus il se dégage de la matière, moins elles le goûtent et se soucient de le lire ou de l'entendre. Si enfin c'est une passion tout à fait libre du joug des sens, si c'est le pur idéal de l'amour que ce poète a peint dans ses vers, parce que c'est là qu'il aspirait et qu'il s'élevait sans cesse, à quel petit nombre d'admirateurs et même de lecteurs est -il réduit ! Ou quel mérite ne lui faut-il pas pour vaincre cette défaveur de son sujet, née de sa sublimité même ! De toutes les preuves qui attestent le mérite extraordinaire de Pétrarque, c'estpeut-être ici la plus frappante. Aucun poète n'a exprimé de sentiments aussi épurés,

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