TL PRIE LAURE DE L'APPELER AU CIEL
Ite, rime dolenti, al dura sasso
Alle\, rime -plaintive, écho de ma pensée, Vers la pierre qui clôt mon trésor précieux, Et là vous entendre^ vous répondre des deux Celle dont la dépouille est ici-bas glacée.
Dites-lui que ma barque est à la fin lassée De voguer sur les flots du monde vicieux, Et que de l'arbre vert, à pas silencieux, Je recherche avec soin la feuille dispersée.
Dites-lui que, vivante ou morte, c'est toujours Elle seule qui charme et qui trouble mes jours, Que je la glorifie et la prends pour modèle.
Dites-lui, si mes vœux ne lui déplaisent pas, Qu'elle daigne avancer l'heure de mon trépas, Pour que du vrai bonheur je jouisse près d'elle.
Dans un de ses derniers sonnets, le CCCXII0, Pétrarque nous apprend qu'il pleure Laure depuis dix ans. Il est donc certain qu'il la célébra dans ses vers italiens jusqu'en i358, et, de son propre témoignage, on peut conclure qu'il acheva le Can^oniere en cette année 1 358 ; car, en i35g, à l'âge de cinquante-cinq ans, il écrivait à Boccace (V. la note préliminaire de la Ire série) qu'il avait renoncé au langage vulgaire.
Lamartine s'est fort aventuré en disant à propos du présent sonnet : « C'est certainement à son séjour d'Arquà qu'il faut rapporter les poésies rétrospectives qu'il laissait tomber de temps en temps au vent de ses souvenirs, comme un arbre qui s'effeuille laisse tomber au vent d'automne ses derniers fruits : ce sont souvent les plus savoureux. Tels sont les derniers sonnets de Pétrarque. La mort prochaine jette son ombre avancée sur l'amour et donne à ce sentiment souvent fugitif quelque chose de l'éternité. » {Cours famiL, t. VI, p. i32.)
C'est en 1 3jo que Pétrarque s'établit au village d'Arquà et y fit construire une petite maison ; il y avait déjà douze ans qu'il ne faisait plus de sonnets.