DIXIEME SERIE
près deux ans de séjour en Provence, Pé- |T trarque s'éloigne de la Sorgue pour la dernière fois, en 1 3 5 3 , et pendant vingt et un ans encore il promène en Italie son existence inquiète et glorieuse. Cependant il n'oublie pas Vaucluse. Maintes fois il veut y revenir et il caresse cette idée jusqu'à ses dernières années. Mais il se met en route trop tard, en i3yo; sa santé affaiblie ne lui permet pas d'aller au delà de Ferrare.
Il continue du moins à correspondre avec ses amis d'Avignon. Témoin cette lettre qu'il écrit à l'un d'eux en 1372 :
« Vous me demandez quelle est ma situation, la voici : J'avois des passions autrefois, je n'en ai plus; mais en revanche j'ai perdu la santé dont je jouissois. Depuis deux ans je suis infirme; souvent on m'a cru mort... J'ai pu m'élever, je ne l'ai pas voulu ; toute élévation m'est suspecte. J'ai acquis beaucoup d'années et de livres, mais combien de mes amis ne sont plus ! J'ai fait un assez long séjour à Venise; je me crois heureux de n'y pas être dans ce temps de guerre. Me voici maintenant à Padoue, où je suis chanoine. A Venise je serois suspect; ici je suis chéri. Je passe la plus grande partie de l'année à la campagne, que je préfère toujours à la ville. Je lis, j'écris, je pense; voilà ma vie et mes plaisirs. Dans ma jeunesse je n'estimois que moi; dans l'âge mûr, je ne méprisoisquemoi; dans ma vieillesse, je méprise tout, et moi plus que le reste. Je ne crains que les gens que j'aime; je ne désire ardemment qu'une bonne fin. Je redoute une multitude de valets comme une troupe de voleurs... J'ai beau me cacher, je ne puis me dérober aux vi-
sites... J'ai bâti dans les collines Euganées une petite maison propre et décente, où je compte passer tranquillement le reste de mes jours, ayant toujours devant les yeux mes amis morts ou absents. Pour tout dire, j'ai été recherché par le pape, l'empereur et le roi de France, qui m'ont fait des instances vives et réitérées, auxquelles j'ai toujours résisté, préférant à tout ma liberté. » (Mém., t. III, p. 785 ; l'abbé Roman, p. 282.)
Lamartine, pour nous peindre Pétrarque en Italie, le représente comme absorbé par ses regrets, ne prenant intérêt à rien, composant des sonnets dans sa vieillesse, el mourant la tête sur son Virgile et sur la fameuse note qui lui rappelait Laure. (Cours font., t. VI, p. i38.)
Il y a là des illusions d'optique. Pétrarque, au delà des Alpes, fut de plus en plus mêlé aux négociations politiques, ne négligea ni son pays ni ses amis, pensa plus à Dieu qu'à Laure, ne fit plus de sonnets après i358 (V. la note du CCLXXXVIP-), enfin l'on ne sait ni le jour précis de sa mort (18, 19 ou 20 juillet 13741), ni s'il mourut réellement la tête sur un livre dans sa bibliothèque. Et les auteurs qui admettent ce genre de mort disent qu'on le trouva couché sur son Abrégé des Hommes illustres ou sur son Africa. (Mém., t. III, p. 799.)
1 L'abbé de Sade hésite entre ces trois dates. Celle du 18, inscrite sur le tombeau de Pétrarque (V. la note finale), doit être la bonne.