‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 73 sur 113 · CCLXXXVIII · texte numérisé non relu

CCLXXXVIII

IL ESPÈRE QUE LAURE NE LUI REFUSERA PAS SON ASSISTANCE A LA DERNIÈRE HEURE.

S' onesto amor pub meritar mercede.

A l'amour vertueux si quelque prix est dû,

Si la douce pitié conserve son empire,

Mes vœux seront comblés, car Laure qui m'inspire

N'ignore pas quel culte à son nom j'ai rendu.

Elle sait maintenant à quoi f ai prétendu, Qu'honnête est la faveur à laquelle j'aspire, Et que je suis sincère alors que je soupire, Puisqu'elle voit mon âme et mon cœur éperdu.

Aussi dans ma détresse ai-je encor V espérance Qu'elle s'afflige au ciel de ma longue souffrance Et m'accorde un regard chaste et consolateur.

Et je crois qu'à l'instant de quitter cette vie, Pour me tendre la main elle viendra suivie De l'escorte fidèle au divin Rédempteur.

Le texte italien du second quatrain précise mieux que la traduction l'absence de désirs sensuels. Pareille affirmation se trouve plus loin au premier tercet du sonnet CCCIII. Pétrarque oublie ses aveux contraires plusieurs fois répétés, notamment au sonnet LVIII, où il envie le bonheur de Pygmalion, et aux sextines I et VII, où la même pensée n'est pas moins évidente. L'abbé de Sade rappelle à cette occasion ce que saint Augustin disait à Pétrarque : Les amants sont des fols ; ils ne savent ce qu'ils veulent ni ce qu'ils ne veulent pas. Puis il ajoute : « Comme leurs âmes sont pleines de contradictions, il n'est pas étonnant de trouver le pour et le contre dans leurs écrits; mais un seul passage, où Pétrarque avoue avoir désiré les faveurs de Laure, doit l'emporter sur cent où il le nie. » (Mém., t. II, p. 81 des notes.)

Par l'escorte, amie du Christ et de l'honnêteté, Velu tello entend la pléiade poétique du sonnet CCXLVI.

MM. Lafond croient que Pétrarque fait allusion a une croyance populaire en Italie. « D'après cette croyance, disent-ils, quand le chrétien qui a une dévotion particulière à la Vierge, est prêt à quitter la vie, elle vient, accompagnée de sainte Ursule et des onze mille vierges, assister à sa mort et recevoir son âme. » {Dante, Pétrarque..., p. 3o2.)

Page 1