‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 76 sur 113 · REGRETS ET RESIGNATION. LAURE ETAIT FAITE POUR ORNER LE CIEL · texte numérisé non relu

REGRETS ET RESIGNATION. LAURE ETAIT FAITE POUR ORNER LE CIEL

Quel che d' odore e di color vincea.

L'arbre tout imprégné des parfums de VAsie, Gardant durant l'hiver son feuillage lustré, Fournissant la couronne an vainqueur illustré, Honneur dont l'Orient avait pris jalousie ,•

Mon doux laurier enfin, la demeure choisie Où les volages cœurs n'ont j amais folâtré , Voyait sous sa chaste ombre un couple idolâtré : Ma dame et le seigneur de toute courtoisie.

C'est là que ma pensée avait son nid charmant ; C'est laque j'ai brûlé sous un manteau de glace ; Là que j'étais heureux tout en me consumant.

Mais mon aimable plante était du monde lasse ;

Sa vertu lui valut une meilleure place ;

Dieu voulut rendre au ciel son plus bel ornement.

« La nouvelle de cette découverte, continue l'abbé de Sade, fit beaucoup de bruit. François Ier, roi de France, l'ayant apprise lorsqu'il passa à Avignon peu de temps après, allant à Marseille pour s'aboucher avec le pape Clément VII, eut la curiosité de voir ce tombeau. Le jour de Notre-Dame de septembre, il alla aux Cordeliers après vêpres, fit lever la pierre, et tirer la boîte qu'il ouvrit pour lire le sonnet; ensuite il rit l'épitaphe de Laure qui fut mise dans la boîte avec le sonnet. »

J'interromps encore l'abbé de Sade pour citer les deux quatrains de François Ier:

En petit lieu comprins vous povez veoir Ce qui comprend beaucoup par renommée.

Plume, labeur, la langue et le sçavoir Furent vaincuz, de l'amant par l'aymée.

O gentille âme, estant tant estimée, Qui te pourra louer qu'en se taisant?

Car la parolle est tousjours reprimée Quand le subject surmonte le disant.

Le président de Brosses (lettre II sur l'Italie) dit de ces vers que l'académicien Tissot admirait : « Ils ne seroient pas trop bons s'ils étoient de Marot; mais ils ne sont pas mauvais pour avoir été faits impromptu par un roi. » Clément Marot, à qui on les attribue, en fait lui-même honneur à François Ier dans ce compliment a Laure :

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l'air, la terre et la mer devraient pleurer laure. Lasciato liai, Morte, sen^a sole il mondo.

O Mort, en éteignant mon Soleil et ma Vie, Qu'as-tu laissé? le monde obscur et sans chaleur, La beauté sans pouvoir, la vertu sans valeur, Et moi-même accable d'ivresse inassouvie .

Je pleure amèrement ma Lumière ravie.

Mais serai-je moi seul plongé dans la douleur? Perdre cette merveille est pour tous un malheur; Car peut-elle d'une autre être jamais suivie?

L'air, la terre et la mer doivent sur ce trépas Gémir : la race humaine est, sans ma bien-aimée , Comme le pré sans fleurs ou l'anneau sans camée.

Pendant qu'elle vivait on ne la connut pas. C'est moi qui la compris, moi qui l'exalte encore, Et c'est aussi le ciel qu'elle habite et décore.

O Laure, Laure ! il t'a esté besoin D'aimer l'honneur et d'estre vertueuse .

Car François roy, sans cela, n'eust pris soin De t'honorer de tombe somptueuse, Ne d'employer sa dextre valeureuse A par escrit ta louange coucher.

Mais il l'a fait, pour autant qu'amoureuse Tu as esté de ce qu'il tient plus cher.

« Le cardinal Sadolet (je reviens a l'abbé de Sade), un des plus sçavants hommes de son temps, qui étoit alors dans son évêché de Carpentras, à quatre lieues d'Avignon, s'y transporta pour voir ce qu'on avoit trouvé, et il ne douta pas que ce ne fût le tombeau de Laure.

« Jean de Tournes lait sur cela une réflexion qui me paroît très-juste : « Les commentateurs de Pétrarque, « dit-il, se fatiguent encore tous les jours à chercher « l'origine de Madame Laure. Le témoignage d'un « homme comme le cardinal Sadolet auroit dû leur « suffire, d'autant plus que Pétrarque, dans son « Eglogue XIe, parlant de Laure sous le nom de Ga- « lathée, fait assez connoître qu'elle étoit enterrée aux « Cordeliers. »

« Voilà ce que contient cette lettre de Jean de Tournes. Tous les auteurs contemporains qui ont parlé de cette découverte s'accordent avec Jean de Tournes sur les faits principaux, quoiqu'ils diffèrent sur quelques circonstances. » {Mém.. t. I, p. i3 des notes.)

M. de la Bastie toutefois ht l'exposé de la dccou-

IL FUT TROP EBLOUI PAR LES PERFECTIONS DE LAURE POUR LES POUVOIR DÉCRIRE.

Cotiobbi, quanto il biel gli occhi m' aperse.

J'ai connu lorsque l'âge eut dessillé mes yeux, Quand l'étude et V amour m"1 eurent donné des ailes, Les grâces, les traits purs, toutes choses mortelles Qu'à Laure prodigua le sang de ses aïeux.

Mais les autres beautés — le meilleur don des deux — Celles du cœur, je fus interdit devant elles. Mon esprit leur trouva des perfections telles Que les peindre eût été par trop audacieux.

Aussi ce que j'ai dit en faveur de cet ange, Qui me rend près de Dieu prière pour louange, N'est qu'une goutte d'eau dans un large torrent.

Le style essaie en vain de suivre la pensée. Lorsque sur le soleil sa paupière est fixée, L'homme voit d'autant moins que l'éclat est plus grand.

verte en dix lignes qui contenaient autant d'erreurs que de mots, et partit de là pour nier que le tombeau découvert fût celui de Laure. L'abbé de Sade l'a réfuté de point en point.

Ceux qui n'admettent pas que Laure soit d'Avignon et de la maison de Noves persistent naturellement dans l'opinion de M. de la Bastie. Leur système exige que le sonnet du tombeau et la note du Virgile soient écartés comme apocrvphes.

Mai?, dira-t-on, si Laure fut inhumée le jour même de sa mort, 6 avril, est-il possible que Pétrarque, qui était alors en Italie et ne reçut que le 19 mai la fatale nouvelle, ait introduit le sonnet dans le tombeau? A cela il est aisé de répondre que le sonnet a pu être composé par un ami et être mis par lui dans le cercueil en l'absence de Pétrarque. En effet, tout porte à croire que le sonnet n'est pas de Pétrarque ; le style et la versification paraissent indignes de la plume qui a écrit le Can^oniere. A cette réponse le sceptique Byron réplique, dans une note du Pèler'mage de Childe- Harold : « Le sonnet aurait donc été écrit, la médaille fondue, frappée et déposée dans l'espace de douze heures, puisque le corps fut inhumé le jour même! » Cette objection est plus spécieuse que solide. D'abord, rien ne prouve que la médaille ait été frappée pour Laure, et ne soit pas tout simplement une médaille de dévotion, de Magdeleine, par exemple, ou de Mater dolorosa, et, en ce cas, les douze heures suffisaient. Ensuite les tombes de famille ne sont pas toujours irrévocablement fermées le jour même des funérailles; il

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