IL PRIE LAURE DE LUI APPARAITRE EN SONGE COMME AUTREFOIS
Dolce mio caro e pre\ioso pegno.
O bien-aimé trésor, ô précieux salaire, Que la mort m,a ravi, que le ciel m'a gardé, Comment ta pitié douce a-t-elle tant tardé'? Pourquoi ne vois-je plus ton ombre tutélaire?
Naguère à mon chevet tu semblais te complaire. Je ne suis maintenant plus de toi regardé, Et ce soupir peut-être est en vain hasardé, Si là-haut sont admis le mépris, la colère.
Mais ce n'est qu'ici- bas qiCun cœur compatissant Se repaît volontiers du mal qu'un autre sent, Pour mieux vaincre l'Amour au sein de son empire.
Toi qui de mes tourments sais la réalité, Pour me rendre l'espoir et la tranquillité, Reviens-moi dans un songe, ô ma Laurel... ou j'expire.
APRÈS LA MORT DE LAURE. 3oi
se peut que celle de Laure ait été rouverte pour y glisser la boîte qui contenait le sonnet et la médaille1.
Nous avons vu dans les vers de Clément Marot que François Ier honora Laure d'une tombe somptueuse. Un monument fut réellement ordonné par le roi et devait coûter mille écus ; mais il ne fut pas exécuté.
Le chancelier de l'Hôpital, qui fit le voyage de Provence peu de temps après, paya son tribut d'admiration dans les vers suivants :
Ai tibi si monumenta placent antiqua, videbis Felicem Laurœ tumulum, cineresque beatos Laudibus, ingenioque et summi carminé vatis.
Aujourd"hui rien ne marquerait la place où repose la dépouille de Laure, si un touriste anglais n'avait eu l'idée, en 1823, de la consacrer par un cippe en pierre, sur lequel il fit graver les vers de François Ier avec l'inscription suivante :
Quô clarius notescat locus
Tarn indigenis quam peregrinis,
Ubi requiescit
Laura ilia, Petrarcae amor,
Hun; cippum posuit
1 D'après Maurice de Sève, le-; initiales M. L. M. I. de la médaille signifieraient : Madonna Laura Worta Jace [Jace, ancienne forme de Giace). En ce cas, l'ami de Pétrarque n'aurait pas été plus fort sur le style lapidaire que sur la versification. L'interprétation do Cavtiani en langue latine est plus acceptable : Martuae Laura miserere Jesu.