‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 81 sur 113 · IL ENVIE LE SORT DES ANGES QUI JOUISSENT DE LA VUE DE LAURE · texte numérisé non relu

IL ENVIE LE SORT DES ANGES QUI JOUISSENT DE LA VUE DE LAURE

Da' più begli occhi e dal più chiaro viso.

Les plus beaux y eux du monde et le front d'une reine, Une blonde forêt de cheveux adorés Qui faisait pâlir l'or et les rayons dorés, Un sourire angélique, une voix de sirène ;

De blanches mains, des bras dont l'élégance entraîne Les cœurs que le désir a le moins explorés, Les pieds les plus mignons que l'œil ait dévorés, L'air le plus gracieux, l'âme la plus sereine;

Voilà pour quels attraits d'amour je fus épris. Ils charment à présent les célestes esprits, Et moi je suis resté seul, aveugle et fidèle.

Je n'ai plus qu'un espoir dans mon triste abandon, C'est que Laure du ciel obtienne mon pardon, Et que je puisse un jour y revivre près d'elle.

la troublent et qui l'apaisent, comme des échos souterrains des mystères de Dieu. La longue dans laquelle ces vers s'épanchent ne semble avoir été composée ni pour les hommes, ni pour les esprits délivrés de leurs corps, mais c'est une langue entre ciel et terre, entendue également en haut et en bas, qui a de la terre la passion et la douleur, qui a du ciel l'espérance et la sérénité. Ni Homère, ni Virgile, ni Horace, ni Tibulle, ni Milton, ni Racine n'ont de tels vers, parce qu'aucun d'eux n'a tant aimé ni tant prié. David seul a des versets de cette nature dans ses psaumes. Pour tout homme sensible qui comprend les sonnets de Pétrarque dans la langue où ils ont été pleures ou gémis, les sonnets du poète de Vaucluse sont un manuel qu'il faut porter sur son cœur ou dans sa mémoire comme un confident ou un consolateur dans toutes les vicissitudes des attachements humains ; ils calment comme des versets de Ylmitation, et de plus ils enchantent par des mélodies intérieures toujours en concordance du son et des sens. C'est une musique qui aime et qui prie dans toutes ses notes; c'est le psautier de l'amour et de la mort ici-bas ; c'est le psautier de la réunion et de l'immortalité là-haut; c'est Pétrarque! Heureuse l'Italie d'avoir produit un tel psalmiste ! Malheureuse l'Italie de le négliger aujourd'hui pour déifier des hommes dont les épopées barbares et les tragédies déclamatoires ne valent pas un sonnet de ce David de Vaucluse. » (Cours familier, t. VI, p. 169.)

3l8 LES SONNETS DE PETRARQUE

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