‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 82 sur 113 · HEUREUX SERA LE JOUR OU SON AME DELIVREE MONTERA PRÈS DE LAURE · texte numérisé non relu

HEUREUX SERA LE JOUR OU SON AME DELIVREE MONTERA PRÈS DE LAURE

E' mi par d' or' in or a udire il messo.

Dans mon empressement d'être au ciel appelé, De ma dame je crois entendre le message, Et, voyant mon erreur, je languis ; 772072 visage Pâlit et s'assombrit, tant je suis désolé.

Je ne me connais plus, j'ai l'esprit affolé; De mes goûts les plus chers je néglige l'usage, Et mon dernier soupir, que déjà tout présage, Il me tarde qu'il soit de ma lèvre exhalé.

Trois fois seront bénis le jour, l'heure prochaine Où, sortant de prison, libre de toute chaîne, Je me dépouillerai du vêtement charnel !

Où, sous mes pieds laissant la terre ténébreuse, Je prendrai mon essor jusqu'à la sphère heureuse Où je verrai ma dame et le Maître éternel!...

Pour l'amant qui ne peut détacher son cœur du souvenir de sa bien-aimée, l'espoir de la rejoindre au ciel est sa plus douce consolation, et naturellement il désire que cette réunion céleste ait lieu le plus tôt possible. Pétrarque se réjouissait aussi de se trouver en présence du souverain maître :

Ch' i' veggia il mio Signore e la mia Donna.

Cette double aspiration est essentiellement chrétienne. Notre pocte a-t-il,en écrivant ce sonnet, pensé à Cicéron et à son Dialogue sur la Vieillesse, comme le supposent les commentateurs Velutello et Gesualdo ? C'est douteux, malgré l'analogie qui existe entre le premier tercet et la dernière phrase de l'extrait suivant :

<< Je ne cherche point, dit Cicéron, à calomnier la vie, comme l'ont fait beaucoup de gens, et même d'hommes éclairés; je ne regrette pas d'avoir vécu, parce que j'ai droit de croire que mon passage sur cette terre n'a pas été tout à fait inutile; mais je sors de la vie comme d'une hôtellerie, et non comme d'une demeure qui m'appartiendrait : la nature n'a point fait de la terre une habitation fixe ; ce n'est qu'un lieu de passage. Qu'il sera beau à mes yeux le jour où je m'éloignerai de cette foule impure qui nous environne, pour aller me réunir à la divine assemblée des âmes ! »

IL EST HEUREUX EN SONGE, MAIS LE RÉVEIL EST CRUEL. L' aura mia sacra al mio stanco riposo.

Depuis que m' apparaît souvent l'ombre adorée,

Devenu plus hardi, pose l'entretenir

De cette passion que je n'ose bannir,

Et que durant sa vie elle a presque ignorée.

Je rappelle d 'abord l'étincelle dorée Dont je garde en mon cœur le brûlant souvenir. Et je lui dis comment Amour a su tenir Sous sa loi ma jeunesse aujourd'hui déflorée.

Elle se tait ; son front trahit l'intime émoi; Son doux regard s'arrête avec bonté sur moi, En laissant échapper quelques pleurs de tendresse.

Mon dme, en lui voyant partager ma douleur';. Croit déjà reposer dans un monde meilleur, Mais le réveil, hélas! me rend à ma détresse.

Lamartine vient d'exalter l'amant et le poè'te. M. Mézières va nous montrer Pétrarque dans toute sa gloire avec une éloquente simplicité :

« Pétrarque, dit-il, est de tous les écrivains modernes, sans en excepter Voltaire et Gœthe, celui qui, de son vivant, a recueilli le plus de gloire, celui qui a obtenu de ses contemporains le plus de marques d'admiration. L'histoire littéraire n'offre pas d'exemple d'une renommée plus facilement acquise ni plus universellement acceptée. La rapidité et l'étendue de son succès littéraire ont quelque chose de merveilleux, surtout lorsqu'on songe aux difficultés qui entouraient ses débuts. En i32Ô, à l'âge de vingt-deux ans, fils d'un exilé de Florence, obscur et pauvre, il quittait l'université de Bologne pour aller recueillir les minces débris de l'héritage paternel à Avignon, sur la terre étrangère, dans un lieu où l'on ne parlait même pas sa langue, où aucun appui, aucune amitié secourable ne l'attendait, et quatorze ans plus tard, en 1J40, son nom était déjà si grand, si populaire dans toute l'Europe, que, le même jour, il recevait de l'université de Paris et du sénat de Rome l'offre d'une couronne poétique qu'aucune de ces deux villes n'avait encore accordée à personne. Malgré la difficulté des voyages, de nombreux visiteurs venaient de tous les pays pour le voir, le poursuivaient jusque dans sa solitude de Vaucluse et se faisaient même précéder de magnifiques cadeaux pour obtenir la faveur d'être admis en sa présence. En même temps les plus grands princes se disputaient l'honneur de le recevoir, et les gens du

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