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il s'exhorte a mourir en pensant a la mort du christ et a celle de laure.
Ogni[giorno mi par più di mill' anni.
Il semble que mes yeux pleurent depuis mille ans
Celle qui jut V étoile et l'âme de ma vie,
Et qui de Vempyrée à présent me convie
A tendre au plus haut but par de nobles élans.
Lemondeen vain m'attire avec de beaux semblants. Je sais que l'homme sage en le hantant dévie, Que la profonde paix dont la tombe est suivie Prévient mille désirs, mille maux désolants.
Pourquoi craindre la mort, fin de toute souffrance? Celui qui s'immola pour notre délivrance, Le Christ Va sur la croix subie avec affront ;
Et même en pénétrant dans les veines de celle Qui toujours vers le bien me dirige avec \èle, Elle n'a pas troublé la candeur de son front.
peuple l'entouraient partout où il résidait d'une respectueuse vénération.
« Quatre papes, Clément VI, Innocent VI, Urbain V, Grégoire XI, voulaient l'attacher à leur personne; deux rois de France, Jean le Bon et Charles V, le suppliaient de vivre à leur cour; le roi Robert de Naples regrettait de ne pouvoir le couronner de sa main au Capitole; les princes italiens les plus puissants, les Visconti, les Carrare, les Gonzague le retenaient auprès d'eux; dans une cérémonie publique, l'aristocratie de Venise lui décernait la place d'honneur à la droite du doge, et le sénat de la même ville décidait, par un décret, qu'il n'y avait, ni dans le présent, ni dans le passé, aucun philosophe, aucun poète chrétien qui pût lui être comparé. Une impératrice d'Allemagne lui écrivait de sa propre main pour lui annoncer la naissance de sa fille. Un vieux maître d'école aveugle de Pontremoli traversait tout le sud de l'Italie à pied, avec l'espérance de le trouver à Naples, et ne l'y ayant pas rencontré, revenait à Parme, à travers l'Apennin, afin d'entendre une fois en sa vie le son de cette voix fameuse. Un orfèvre de Pergame place le portrait du poète dans tous les coins de sa demeure, fait dorer la chambre où il lui offre l'hospitalité, et, après l'avoir reçu une seule nuit sous son toit, déclare que personne ne couchera jamais dans le lit de pourpre où Pétrarque a dormi. A Arezzo, ses compatriotes le conduisent en triomphe devant la maison où il est né, maison que l'on conserve comme une relique nationale. Lorsqu'il passe dans les rues de Milan, tous les
IL REGRETTE DE N'ÊTRE PAS PASSÉ DE CETTE VIE A L'AUTRE EN MÊME TEMPS QUE LAURE.
Non pub far morte il dolce viso amoro.
La mort n'enlaidit pas les traits de forme heureuse ,• C'est leur charme plutôt qui la rend moins affreuse . Faut-il pour bien mourir un secours étranger? Laure sera ma force à l'instant du danger.
Celui qui n'a pas craint, victime généreuse, De répandre son sang sur la croix douloureuse, Par son trépas aussi daigne m encourager. Viens donc, o Mort! tes coups ne peuvent m 'affliger .
Et ne tarde pas trop; car je suis las d'attendre. Pourquoi refusas-tu, cruelle, de m entendre Quand l'être qui m'est cher disparut sans retour?
Depuis lors j'ai vécu de sa seule pensée.
La route que je suis, ses pieds me l'ont tracée,
Et les miens jusqu'au bout la suivront sans détour.
regards le saluent, toutes les têtes se découvrent sur son passage. Au milieu des troubles de l'Italie du Nord, lorsque sur les deux rives du Pô des armées sont rangées en bataille, que des barques garnies de soldats sillonnent le fleuve, Pétrarque le descend paisiblement et, sur sa route, ne reçoit des combattants, à quelque parti qu'ils appartiennent, que des témoignages de respect. *
« Hommes du peuple et grands seigneurs, toutes les classes de la société saluent en lui la plus incontestable des royautés, celle du génie. Le prestige de son nom, qu'il a rendu glorieux dès sa jeunesse, se conserve pendant sa vie et ne diminue point avec les années. A peine dans sa longue carrière, quelques voix isolées et sans crédit essayent-elles d'entamer sa renommée. Lui-même les réduit au silence par une vigoureuse polémique, et l'opinion publique le venge de ces attaques par un redoublement d'admiration pour ses écrits. Il meurt à soixante et dix ans, en pleine gloire. Son ami. François de Carrare, seigneur de Padoue, lui fait des funérailles princières ; des villes prennent le deuil et l'Italie entière s'émeut à la nouvelle de sa mort. Il laisse dans la mémoire de ceux qui l'ont connu un souvenir ineffaçable. Le plus grand de ses contemporains, Boccace. pleure des nuits entières en pensant qu'il ne le reverra plus. Le froid Villani, si peu accessible à l'émotion, le considère comme le modèle de toutes les vertus, et croit qu'une nuée blanche est sortie de sa bouche, au moment de sa mort, pour attester sa sainteté. Dominique d'Arezzo. qui voudrait
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EN SE SENTANT VIEILLIR IL S'ATTACHE DE PLUS EN PLUS A LA PENSÉE DE LAURE.
Dicemi spcsso il miofidato speglio.
En voyant sur mes traits la lassitude empreinte Et non moins que mon corps mon esprit s'énervant, Mon fidèle miroir me répète souvent :
a De la vieillesse enfin voici venir l'étreinte.
« A la nature il faut obéir sans contrainte; « Tout espoir de la vaincre est un jeu décevant. » Subitement alors, comme un homme rêvant, Démon profond sommeil je m'éveille avec crainte.
Je vois bien que nos jours passent rapidement, Qu'on ne vit qu'une fois, et que d'un seul moment L'on ne peut retarder le cours de l'existence.
J'entends du moins encor quelques mots gracieux De celle qui m'invite à la rejoindre aux deux, Et qui doit à la fin me prêter assistance.
composer son éloge, se met à trembler et à pleurer au lieu d'écrire chaque fois qu'il prend la plume. Les lettrés attendent, comme le plus grand événement du siècle, l'apparition du poè'me de V Afrique, et prédisent à la nouvelle épopée les destinées de Y Enéide.
a Comment s'explique un triomphe si éclatant et si durable ? D'où vient, pendant quarante ans, ce concert de louanges, cette unanimité d'admiration en faveur d'un seul homme? Le génie de Pétrarque, si grand qu'il soit, est-il la seule cause d'une si merveilleuse fortune?... C'est a son caractère, plus encore qu'à son génie, que Pétrarque doit la précocité, la durée et Jéclat de ses succès. Caractère extraordinaire, unique dans l'histoire des lettres, composé des qualités les plus diverses, de grâce et de force, de souplesse et de fierté, de sensibilité et d'énergie, mêlé de défauts, mais où les défauts mêmes ont du charme ; où domine d'ailleurs, comme le trait essentiel, un travail perpétuel de l'homme sur lui-même, un effort permanent pour réaliser un jour, par la lutte de la volonté contre les passions ou contre les choses, les plus grands desseins et les ambitions les plus hautes !
« Aux dons heureux qu'il tenait de la nature, Pétrarque ajoute sans cesse tout ce que l'art et la méditation peuvent ajouter au génie. Il se rend de trèsbonne heure un compte rigoureux de ses actes, comme il se rend compte dans ses vers des moindres nuances de style ou de versification. A coup sûr il attire tout d'abord ceux qui l'approchent par la vivacité et par la délicatesse de son esprit, mais il se les attache ensuite